Le Honduras se prépare dimanche à des élections générales décisives, au cours desquelles plus de six millions de citoyens sont appelés aux urnes pour déterminer si le pays continuera sous le parti de gauche au pouvoir ou cédera la place au retour de la droite. Le processus, marqué par une atmosphère de tension et des allégations d'irrégularités, se déroule sous l'œil vigilant des États-Unis, qui ont exprimé leur soutien explicite au candidat de l'opposition Nasry Asfura et exigent des garanties de transparence électorale.
Ce pays d'Amérique centrale, avec Tegucigalpa comme épicentre politique, fait face à ses douzièmes élections depuis le rétablissement de la démocratie en 1980. Le jour du scrutin se déroulera sous l'état d'exception en vigueur depuis décembre 2022, une mesure qui a suscité le rejet dans divers secteurs et a placé au centre du débat la nécessité d'assurer des conditions adéquates pour le dépouillement.
Rixi Moncada, représentante du parti Libertad y Refundación (Libre), cherche à consolider le projet de « refondation » de l'État et à assurer un deuxième mandat consécutif à la gauche. Nasry « Tito » Asfura, du Parti national, est à la tête de la principale force d'opposition, tandis que Salvador Nasralla, du Parti libéral, se présente pour la quatrième fois comme une alternative avec un discours orienté vers la sécurité et la modernisation. Le prochain président prendra ses fonctions le 27 janvier 2026, succédant à Xiomara Castro.
Le contexte social est marqué par des taux de pauvreté élevés, qui touchent plus de 60 % des dix millions d'habitants, ainsi que par le chômage, l'insécurité et la corruption. Ces facteurs ont érodé la confiance dans la classe politique et alimenté le mécontentement des citoyens.

Des allégations de fraude ont entouré le processus électoral hondurien, avec des accusations croisées entre le parti au pouvoir et l'opposition. Sous le gouvernement Castro, la transparence du processus a été remise en question par l'ingérence présumée du ministère public, qui a ouvert des enquêtes contre les hautes autorités électorales, et par l'éventuelle ingérence des forces armées dans les fonctions qui correspondent au Conseil national électoral (CNE).
Le ministère public et les forces armées ont été pointés du doigt par les partis et les organisations civiles en raison de l'ouverture d'enquêtes et de l'intervention dans les pouvoirs propres du CNE, ce qui a accru la méfiance à l'égard de l'autonomie des institutions en charge du processus.
La campagne électorale a également été marquée par l’œil vigilant des Etats-Unis. Le président Trump lui-même a exprimé son soutien explicite à Asfura, qu’il décrit comme « le seul véritable ami de la liberté au Honduras ». Dans des messages diffusés sur les réseaux sociaux, le leader républicain a demandé aux Honduriens de voter pour le candidat nationaliste et a mis en garde contre le risque de voir des « narcoterroristes » comme Nicolás Maduro prendre le contrôle du pays, comparant la situation avec celle de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela.
Trump a réitéré que si Asfura gagne, les États-Unis apporteront un « grand soutien » à ce pays d’Amérique centrale et travailleront en étroite collaboration avec son gouvernement. En revanche, il a indiqué qu’il ne collaborerait pas avec Rixi Moncada ou Salvador Nasralla, qu’il qualifie de « communistes » ou d’« indignes de confiance pour la liberté ». En outre, le président américain a promis une grâce totale à l'ancien président Juan Orlando Hernández en cas de victoire d'Asfura.
Pour sa part, le sous-secrétaire d'État américain, Christopher Landau, a exhorté l'OEA à ce que le jour du scrutin se déroule « sans intimidation, fraude et ingérence politique », et a demandé aux gouvernements du continent de surveiller de près le processus pour garantir le respect du vote des citoyens.

Le résultat des élections pourrait entraîner des changements importants dans la politique étrangère du Honduras. OuiSi Rixi Moncada était élue, les relations avec le régime chinois, établies en mars 2023 par la présidente Xiomara Castro après la rupture des liens avec Taïwan, seraient consolidées. Cependant, les secteurs d'affaires ont exprimé leur mécontentement face aux résultats commerciaux obtenus jusqu'à présent avec le géant asiatique.
Si Nasry Asfura gagne, le pays romprait ses relations avec Pékin et rétablirait ses liens avec Taiwan, en plus de renforcer ses liens avec les États-Unis et Israël.
Nasralla, pour sa part, a déclaré que s’il devenait président, il romprait les relations avec le Venezuela et reprendrait les relations avec Taiwan, en maintenant uniquement des liens économiques avec la Chine.
En plus d'élire le prochain président, les Honduriens voteront pour trois personnes nommées par le président, 298 maires municipaux, 128 députés au Parlement local et 20 au Parlement centraméricain. L'accent sera mis sur la participation citoyenne, le comportement des candidats et la capacité des institutions à offrir des résultats fiables dans un contexte de méfiance et de peur de la violence.
Le résultat de ces élections définira non seulement le cours politique du Honduras, mais mettra également à l'épreuve la capacité du nouveau gouvernement à regagner la confiance des citoyens et à répondre aux demandes de transformation institutionnelle et sociale.