Le Service National d'Attention Intégrale aux Adultes Privés de Liberté et aux Adolescents Délinquants (SNAI) a publié un nouveau règlement qui fixe des limites strictes aux actions du Groupe Spécialisé de Sécurité en Situation de Crise (GESSIC), l'unité tactique chargée de répondre aux émeutes, troubles et situations à haut risque dans les centres pénitentiaires du pays.
Le règlement, publié le 8 décembre 2025 au Registre officiel, interdit expressément toute pratique de torture, châtiments corporels ou traitements cruels de la part de ses membres, et établit des responsabilités administratives, civiles et pénales pour ceux qui violent ces normes.
Le GESSIC devient ainsi un corps tactique régulé avec plus de précision que tout autre groupe d'intervention pénitentiaire créé dans le pays. Sa mission sera d'intervenir uniquement dans des situations exceptionnelles : émeutes, tentatives d'évasion, prises d'otages, violences graves contre des personnes privées de liberté ou des fonctionnaires, ou troubles à l'ordre qui dépassent la capacité opérationnelle du personnel pénitentiaire régulier.
Le recours à la force, conformément à la réglementation, sera limité aux principes de légalité, de nécessité absolue, de proportionnalité, de précaution, d'humanité, de non-discrimination et de responsabilité.
Parmi les dispositions les plus pertinentes figure l’interdiction catégorique du recours à la force comme mécanisme de punition. Le document souligne que les membres du GESSIC « s’abstiendront de tout usage excessif, illégitime ou arbitraire de la force » et qu’il est expressément interdit de l’utiliser à des fins disciplinaires, une pratique documentée depuis des années par les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme.
La résolution établit également qu'aucun opérateur ne peut invoquer l'obéissance pour justifier des actes de force illicites : si un ordre est inconstitutionnel, illégal ou pourrait constituer un délit, le serveur est tenu de lui désobéir et de le signaler à son supérieur.

L'interdiction de la torture occupe un article entier. Selon la réglementation, les membres du groupe ne peuvent pas « infliger, inciter ou tolérer tout acte de torture ou autre peine ou traitement cruel, inhumain ou dégradant », et aucune circonstance – y compris les menaces à la sécurité nationale, les états d’urgence, les situations d’urgence publique ou l’instabilité interne – ne peut être invoquée pour justifier le non-respect de cette règle.
Ces dispositions surviennent dans un contexte marqué par de graves plaintes concernant des abus au sein du système pénitentiaire, notamment depuis la militarisation des prisons en 2024. Des rapports d'organisations comme le Comité des Nations Unies contre la torture et d'organisations comme Amnesty International ont enregistré des témoignages faisant état de passages à tabac, de décharges électriques, de menaces, de harcèlement sexuel, de suspension de l'alimentation, d'incommunication prolongée et de décès en détention.
Plus d’une douzaine de personnes privées de liberté sont mortes dans des circonstances suspectes lors d’opérations de contrôle militaire, selon des rapports publiés en 2024. Ces plaintes ont généré des alertes internationales en raison de l’affaiblissement du contrôle civil et du manque de mécanismes de contrôle indépendants.

Le GESSIC fonctionnera dans le cadre d'un schéma de coordination avec la Police Nationale et les Forces Armées, mais ses actions seront limitées par un cadre de responsabilité renforcé. Le règlement exige que toute intervention impliquant le recours à la force soit documentée et signalée, et que les membres du groupe aient accès à un soutien psychologique après des opérations à haut risque. Il oblige également le SNAI à garantir une formation continue aux techniques de négociation, à la résolution pacifique des conflits et à l’usage différencié de la force.
La norme impose également la création de bases opérationnelles équipées de zones d'entraînement, de champs de tir, de stockage sécurisé des armes et d'espaces de vie. Selon le texte officiel, cette conception vise à professionnaliser le groupe et à garantir des conditions adéquates pour son entraînement tactique, mais aussi pour le respect de normes de performance réduisant les risques d'abus.
La nouvelle réglementation intervient alors que l'Équateur continue de faire face à une crise carcérale caractérisée par des émeutes, des violences internes et un affaiblissement institutionnel.