L'opposition majoritaire au Venezuela, regroupée au sein de la Plateforme Démocratique Unitaire (PUD), a condamné ce mercredi ce qu'elle a qualifié d'« agression » du régime de Nicolas Maduro contre le cardinal Baltazar Porras, dont le passeport a été annulé par les agents de l'immigration alors qu'il tentait de voyager de l'aéroport international de Maiquetía vers la Colombie, avec sa destination finale l'Espagne. Le bloc d'opposition a exigé la restitution immédiate du document et la cessation des restrictions à sa mobilité.
Dans une publication dans La Coalition, il a accusé le régime d'utiliser des mécanismes administratifs à des fins d'intimidation politique.
Porras, l'un des dirigeants les plus visibles de l'Église vénézuélienne et critique du pouvoir depuis la chaire, a offert un récit détaillé de ce qui s'est passé dans un message diffusé sur ses réseaux sociaux. Il a expliqué qu'à son arrivée au contrôle de l'immigration, un agent l'a informé qu'il « devait vérifier » si son passeport était valide. Peu de temps après, il a été informé que le document « avait des problèmes » et que l'aéroport ne pouvait pas autoriser son départ.
Le cardinal a ajouté qu'il avait été chargé de retourner à Caracas pour se rendre au siège principal du Service administratif d'identification, migration et immigration (Saime). Cependant, il a signalé que son passeport n'a pas été restitué, ce qui l'empêche d'effectuer toute procédure formelle. Selon son témoignage, un militaire l'accompagnait en permanence, jusqu'aux toilettes, alors qu'il tentait de récupérer ses bagages.

Porras a assuré que, lorsqu'il avait tenté de photographier le document alléguant un prétendu « non-respect des règles de voyage », il avait été menacé d'être arrêté s'il insistait. Finalement, il a quitté l'aéroport sans son passeport et est retourné à sa résidence à Caracas, après que le personnel du service d'information lui ait suggéré de ne pas continuer à chercher des réponses à Maiquetía.
Ce n’est pas la première fois que Porras est confronté à des obstacles au voyage. En octobre, il a signalé que les militaires lui bloquaient le chemin d'Isnotú, dans l'État de Trujillo, où il allait participer à une messe pour la naissance du docteur José Gregorio Hernández, le premier saint vénézuélien. A cette occasion, des agents armés ont encerclé le cardinal après l'avoir informé d'une prétendue suspension du vol initialement prévu.
Tout au long de sa carrière, Porras a fait l'objet d'interrogations de la part du parti au pouvoir. Hugo Chávez et Nicolás Maduro l’ont désigné à plusieurs reprises comme un adversaire politique, malgré son rôle strictement ecclésial. Depuis sa nomination comme cardinal en 2016, il maintient une position ouvertement critique contre la dégradation institutionnelle, la pauvreté et la militarisation de l’État.
Les organisations de défense des droits de l'homme avertissent que l'annulation des passeports et l'imposition de restrictions de mobilité constituent une forme de répression administrative qui vise à limiter la visibilité et la capacité d'action des voix dissidentes. Le cas Porras renforce les inquiétudes quant à l’utilisation de l’appareil migratoire comme outil de contrôle politique dans un contexte d’isolement international croissant du régime.
Pour l’opposition, cet incident représente le signe que le régime de Maduro continue de renforcer sa stratégie de pression contre les secteurs religieux qui maintiennent une large influence sociale, en particulier à un moment où la communauté internationale examine de plus près la situation au Venezuela.