L'ONU dénonce les crimes contre l'humanité commis par la Garde nationale bolivarienne au Venezuela

Des responsables de la Garde nationale bolivarienne (GNB) du Venezuela ont été accusés d'avoir commis des crimes contre l'humanité et de graves violations des droits de l'homme pendant plus d'une décennie, selon un rapport de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits créée par l'ONU.

Le document de 123 pages, publié ce jeudi, conclut que des membres du GNB ont directement perpétré et contribué à des détentions arbitraires, à des tortures, à des traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi qu'à des actes de violences sexuelles ou de genre. Ces actions se sont produites à la fois dans le contexte de la répression des manifestations et dans le cadre d'opérations de persécution politique sélective.

Le rapport examine le rôle du GNB dans la répression des manifestations massives enregistrées au Venezuela en 2014, 2017, 2019 et 2024. L'usage disproportionné de la force est documenté, y compris l'utilisation d'armes, certaines de nature mortelle, tirées de manière inappropriée.

La mission a trouvé des motifs raisonnables de croire que les responsables de cet organisme ont tiré sans discernement et directement avec des armes à feu sur des zones vitales des corps des victimes.

La Garde nationale bolivarienne réprime

En outre, des pratiques telles que la modification des projectiles pour causer des dégâts plus importants, des détentions arbitraires massives et sélectives, des violences physiques lors des arrestations, la dissimulation de preuves, la torture, les mauvais traitements et les violences sexuelles dans les centres de détention temporaire ont été signalées.

Le contexte dans lequel ces crimes ont été commis est marqué par un environnement d’impunité prolongée. La militarisation de la sécurité citoyenne, légitimée par la fusion des fonctions militaires et policières au sein du GNB, a élargi le rôle de cet organe dans le contrôle social et la répression interne.

Cette situation a été facilitée par une chaîne de commandement hautement centralisée sous la direction du dictateur Nicolás Maduro, qui est commandant en chef des Forces armées nationales bolivariennes, sans contrepoids efficaces en matière de responsabilité.

Le rapport souligne que le GNB a joué un rôle décisif dans la commission du crime contre l'humanité de persécution politique. Selon les données de la société civile citées dans le document, la Garde nationale a procédé au plus grand nombre d'arrestations à des fins politiques en 2019 et 2020, et a joué un rôle clé dans la capture et la criminalisation des opposants après les élections de 2024.

Troupes de la Garde nationale

Concernant la responsabilité pénale, la mission considère que tant les responsables du GNB que les hauts commandants militaires et politiques pourraient être responsables devant la justice internationale, en vertu des articles 25 et 28 du Statut de Rome, qui régit la Cour pénale internationale (CPI).

La Mission internationale indépendante d’établissement des faits a été créée en septembre 2019 par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Ces dernières années, l'équipe était composée de la juriste portugaise Marta Valiñas, du Chilien Francisco Cox et de l'Argentine Patricia Tappatá, qui ont conclu leur mandat le 31 octobre.

La publication du rapport coïncide avec un moment d'attention internationale particulière pour le Venezuela, puisqu'elle survient un jour après la remise à Oslo du prix Nobel de la paix à l'opposante vénézuélienne María Corina Machado, prix qui a été reçu en son nom par sa fille Ana Corina Sosa en raison de l'absence de la lauréate à la cérémonie.

Les conclusions de la mission soulignent que les abus documentés ne constituaient pas des événements isolés, mais répondaient plutôt à un schéma systématique de violence et de répression visant à soumettre les victimes.