Le gouvernement bolivien a déclaré l'état d'urgence économique, financière, énergétique et sociale dans tout le pays, en adoptant un ensemble de mesures exceptionnelles pour faire face à la crise structurelle que traverse le pays. Le décret suprême n° 5503, signé par le président Rodrigo Paz Pereira et son cabinet, établit des actions immédiates pour stabiliser la macroéconomie, récupérer les liquidités internes, renforcer les réserves internationales et garantir l'approvisionnement en carburant et en énergie, dans le but de réactiver la production, l'investissement et l'emploi, ainsi que de moderniser et de rendre transparente l'administration publique.
Parmi les dispositions les plus pertinentes du décret, se distinguent la fixation du salaire minimum national à 3 300 pesos boliviens (Bs), ce qui représente une augmentation de 20% par rapport à 2025, et la mise en œuvre d'un Programme extraordinaire de protection et d'équité (PEPE), qui accordera des transferts monétaires de 150 Bs par mois aux secteurs les plus vulnérables pour une période pouvant aller jusqu'à douze mois. De plus, le revenu de dignité est augmenté de 150 Bs pour ceux qui ne perçoivent pas de pension contributive et le bonus Juancito Pinto est établi à 300 Bs par étudiant pour l'administration 2026.
Le décret attribue la crise actuelle à l'administration précédente, soulignant que le pays est confronté à la plus grande pénurie de carburant de son histoire, avec des files d'attente qui durent plus d'une semaine, une paralysie productive, de l'inflation et un déficit budgétaire accumulé de plus de 30 milliards de dollars en cinq ans. Selon le texte, la corruption et la mauvaise gestion ont provoqué l'épuisement des réserves internationales, qui sont passées de 15,1 milliards de dollars en 2014 à 2,3 milliards de dollars en 2023, et la réduction de l'or monétaire de la Banque centrale de Bolivie de 42 à 22 tonnes, dont six sont déjà engagées.
Dans le domaine technique, le décret dénonce le fait que le modèle de subvention des carburants s'est révélé insoutenable, encourageant la contrebande d'environ 30% de la production nationale vers les pays voisins, selon des études de l'YPFB et d'organisations internationales. L’infrastructure énergétique a été négligée, avec des investissements inférieurs à 40 % de ce qui était nécessaire pour l’entretien de base, ce qui a généré des goulots d’étranglement logistiques et justifié des importations surfacturées. Par ailleurs, on constate que la politique des prix administrés a créé un différentiel allant jusqu'à 60% avec les pays voisins, favorisant les réseaux de contrebande avec la complicité des agents publics.
En matière d'investissements, le décret crée un régime extraordinaire de protection et de promotion des investissements pour les nationaux et les étrangers, garantissant la stabilité juridique et fiscale jusqu'à quinze ans et un traitement non discriminatoire. Les secteurs stratégiques tels que les mines, les hydrocarbures, l’énergie, l’agroalimentaire, les infrastructures et l’exportation sont prioritaires. Pour accélérer l'approbation des projets, une procédure FAST TRACK est mise en œuvre avec un délai maximum de trente jours calendaires et la création d'un Guichet Unique des Investissements Stratégiques relevant du Ministère des Affaires Etrangères.
Au niveau fiscal et fiscal, des incitations sont établies pour la production nationale, comme l'imputation supplémentaire de 20 % de TVA sur les achats de produits fabriqués en Bolivie jusqu'en 2027, la possibilité d'amortissement accéléré des immobilisations acquises entre 2025 et 2026, et des déductions exceptionnelles pour créances douteuses et cotisations patronales. Le Système Spécial Intégré de Transition des Entrepreneurs vers le Régime Général (SIETE-RG) est introduit, une monotaxe de 5% sur le chiffre d'affaires pour les entreprises individuelles et les professionnels indépendants dont le revenu annuel peut atteindre 250 000 Bs.
En ce qui concerne le commerce extérieur, les autorisations d'importation préalables délivrées par le SENAVEX sont supprimées pour accélérer l'approvisionnement intérieur et l'exigence d'un certificat d'approvisionnement intérieur et d'un prix équitable pour l'exportation de produits agricoles et industriels est supprimée, rétablissant la liberté d'exporter du maïs, du sorgho, du sucre et de la viande. Le ministère du Développement productif, rural et hydraulique sera chargé de réglementer les mécanismes de contrôle de l'approvisionnement interne sans fixation des prix.
Le décret envisage également un régime extraordinaire de régularisation et de rapatriement des capitaux, permettant la déclaration volontaire des actifs non enregistrés, avec des incitations fiscales telles qu'un taux de 0% si les fonds restent dans le système financier national pendant vingt-quatre mois ou sont utilisés pour des investissements productifs, et 5% s'ils sont retirés avant cette période. Les informations fournies seront confidentielles et ne pourront être utilisées dans d’autres procédures administratives ou judiciaires.
Dans le secteur de l'énergie, des prix temporaires sont fixés pour les carburants : essence spéciale à 6,96 Bs/litre, gasoil à 9,80 Bs/litre, essence super à 11,00 Bs/litre, essence aviation à 10,57 Bs/litre, kérosène à 5,64 Bs/litre, carburéacteur à 10,74 Bs/litre, diesel à 5,69 Bs/litre et GPL à 2,25. Bs/kg.
Ces valeurs seront maintenues pendant six mois, après quoi une nouvelle méthodologie d'ajustement sera appliquée. Le prix du Gaz Naturel Véhicule (GNV) est établi à 2,73 Bs/m³ pour la même période. De plus, le diesel est temporairement retiré de la liste des substances contrôlées pour garantir l'approvisionnement, suspendant pendant un an l'exigence d'une autorisation préalable pour son importation.

Dans le domaine financier, le report automatique des prêts pour les logements sociaux et pour les micro et petites entreprises est autorisé jusqu'à six mois, à la demande des emprunteurs, sans impliquer de pénalités, d'augmentation des taux d'intérêt ou d'affecter la cote de crédit. Les entités financières et les compagnies d'assurance doivent ajuster leurs systèmes pour mettre en œuvre ces mesures et déclarer à l'ASFI le nombre et le montant des crédits reportés.
Le décret habilite l'Administration fiscale à déclarer d'office la prescription d'intérêts et de sanctions administratives sur les obligations fiscales générées jusqu'au 31 octobre 2025, à l'exclusion des cas judiciaires, des retenues non déclarées ou des délits fiscaux. L'annulation de plein droit doit être formalisée dans un délai de cent quatre-vingts jours.
En termes de contrôle gouvernemental, on introduit le chiffre des Audits de Conformité Express, qui permettront d'évaluer l'utilisation des ressources publiques dans des délais extraordinairement courts, afin de détecter les écarts, les responsabilités civiles ou pénales et d'éviter les retards dans le recouvrement des fonds de l'État. Ces audits peuvent être effectués par le Bureau du Contrôleur général de l'État et les unités d'audit interne de toutes les entités publiques.
Le décret établit la priorité normative de ses dispositions sur toute autre norme incompatible pendant la durée de l'urgence économique et ordonne la coordination interinstitutionnelle entre les ministères, la Banque centrale de Bolivie, les gouvernements autonomes et les entités de régulation pour son exécution. Le ministère de l'Économie et des Finances publiques doit présenter des rapports techniques bimensuels au Conseil des ministres sur l'avancement et l'impact des mesures adoptées.
Enfin, la Banque centrale de Bolivie est chargée d'évoluer vers un nouveau régime de change visant à renforcer la stabilité macroéconomique et la compétitivité extérieure, en coordination avec l'ASFI, les douanes nationales et d'autres entités, garantissant la transparence et la traçabilité des opérations de commerce extérieur et des flux de devises.