Les familles des prisonniers politiques au Venezuela exigent la libération de près de 800 détenus

Les familles de prisonniers politiques vénézuéliens ont exigé ce mardi la libération de près de 800 critiques du pouvoir, parmi lesquels des opposants, des militants et des journalistes, qui restent détenus malgré l'annonce officielle de leur libération faite début janvier. Cette plainte intervient après deux semaines d'attente devant les prisons et les centres de détention, dans un climat d'incertitude que les organisations de défense des droits humains qualifient de prolongement du vide judiciaire.

La pression des proches s'est intensifiée après que le régime chaviste a promis de libérer un « nombre important » de personnes arrêtées sous la dictature de Nicolas Maduro, capturées lors d'une opération américaine. Toutefois, les progrès ont été limités. Jusqu'à ce mardi, l'ONG Foro Penal – principale référence en matière de surveillance des détentions pour raisons politiques – avait vérifié la libération de 145 personnes, tandis qu'environ 775 restent privées de liberté.

La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a assuré la semaine dernière que le processus se poursuivrait et l'a encadré dans ce qu'elle a défini comme « un nouveau moment politique » pour le pays. L'Exécutif affirme que ces libérations font partie d'un chemin de normalisation institutionnelle après des semaines de bouleversements politiques et sociaux. Toutefois, les proches dénoncent le manque d’informations claires et de listes officielles vérifiables.

La distance entre le discours officiel et l'expérience de ceux qui attendent à l'extérieur des prisons se reflète dans des témoignages comme celui de Francis Quiñones, mère d'un jeune homme détenu depuis plus de cinq ans. Quiñones affirme qu'il n'a pas pu communiquer avec son fils depuis plus de six mois. « On s'accroche à l'espoir, mais le temps passe et personne n'explique rien », dit-il en attendant des nouvelles devant El Helicoide, l'un des principaux centres de détention de Caracas.

PHOTO DE FICHIER – Une femme

Depuis deux semaines, des dizaines de familles ont installé des tentes improvisées autour de cette prison, désignée par les organisations humanitaires comme lieu de confinement pour de nombreux opposants. Sur le trottoir, des affiches avec des photographies et des noms des détenus cohabitent avec des bougies allumées lors des veillées nocturnes. Au cours du week-end, des proches se sont embrassés en silence lors d'une cérémonie improvisée en souvenir de ceux qui n'ont toujours pas de réponse judiciaire.

Foro Penal prévient que la situation des personnes libérées n'équivaut pas non plus à une liberté totale. Son directeur, Alfredo Romero, a souligné que la majorité est confrontée à des mesures restrictives imposées par les autorités, telles que l'interdiction de parler à la presse, des comparutions périodiques devant les tribunaux et des veto pour quitter le pays. « Ils ne sont pas en prison, mais ils ne sont pas libres non plus », a-t-il résumé.

Le contexte de ces arrestations remonte aux années de répression politique croissante sous le chavisme, notamment après les cycles de protestation de 2014, 2017 et la période post-élections présidentielles de 2024. Les organisations internationales et les missions de vérification ont documenté des arrestations arbitraires, des procédures judiciaires irrégulières et le recours au système pénal pour neutraliser les dissidents.

AME4832. CARACAS (VENEZUELA), 13/01/2026.- Un

La crise vénézuélienne, qui combine effondrement économique, migration massive et détérioration institutionnelle, a donné lieu à des milliers d'arrestations politiques au cours de la dernière décennie, selon les estimations des ONG locales. Même si certains gouvernements et l'Union européenne ont considéré les récentes libérations comme une étape positive, ils ont également appelé à la transparence, à des garanties juridiques et à la libération de tous les prisonniers pour des raisons politiques.

A Caracas, le sentiment parmi les familles est ambivalent. Alors qu'une partie du pays tente de retrouver une certaine normalité après des semaines de tension, ceux qui attendent des nouvelles de leurs proches décrivent une continuité de souffrance. « Pour beaucoup, la vie continue, mais pour nous, elle est arrêtée », explique l'une des femmes participant aux veillées.

Les organisations de défense des droits humains conviennent que le processus de libération constituera un test clé pour mesurer la réelle volonté des nouvelles autorités de marquer une rupture avec les pratiques du passé. Pendant ce temps, les proches annoncent qu'ils maintiendront des manifestations pacifiques devant les prisons jusqu'à obtenir des réponses concrètes.

L’issue de cet épisode définira non seulement l’avenir immédiat de centaines de détenus, mais fonctionnera également comme un thermomètre de la crédibilité politique d’une transition qui, pour l’instant, avance plus lentement que promis.