Un peu plus de trois mois après son entrée en vigueur, le nouveau Code de procédure civile panaméen est confronté à son premier grand test de réalité : la capacité du pouvoir judiciaire à maintenir sa mise en œuvre sans que le système ne soit submergé par des contraintes de personnel et de budget.
C'est ce qu'a clairement indiqué le juge Olmedo Arrocha, vice-président de la Cour suprême de justice, lors de la présentation du rapport sur les cent premiers jours d'application de cette réforme, entrée en vigueur le 13 octobre 2025 et qui marque l'un des changements les plus profonds dans la justice civile du pays depuis des décennies.
Le rapport présenté par Arrocha révèle un volume important d'activité judiciaire au cours des premiers mois du nouveau régime procédural. À ce jour, 4 645 dossiers ont été déposés, répartis entre les différents niveaux du système : 288 devant les tribunaux supérieurs, 1 914 devant les tribunaux de circuit et 2 243 devant les tribunaux municipaux.
A cela s'ajoute la programmation de 41 audiences, dont 24 ont déjà eu lieu dans la première circonscription judiciaire, tandis que 17 restent en attente. Ces chiffres confirment que le nouveau modèle est déjà en cours, mais ils montrent également la pression opérationnelle à laquelle le système est confronté.
Au-delà des chiffres directement liés au nouveau Code de procédure civile, Arrocha a fondé ses avertissements sur le fardeau réel qui pèse aujourd'hui sur le pouvoir judiciaire.
Selon son rapport de reddition de comptes, son bureau a traité à lui seul 3.820 dossiers au cours de l'année 2025, y compris ses travaux à la séance plénière de la Cour suprême de justice, à la première chambre civile et à la quatrième chambre générale des affaires.

Ce chiffre illustre, selon le magistrat, les limites structurelles du système judiciaire si la mise en œuvre du nouveau code ne s'accompagne pas de renforts humains et financiers.
L'un des principaux goulots d'étranglement identifiés au cours de ces cent premiers jours est la liquidation des anciens processus, c'est-à-dire des dossiers initiés avant l'entrée en vigueur du nouveau code.
Arrocha a expliqué que rien que dans le premier circuit judiciaire, il y a plus de 10.000 affaires pendantes, qui sont actuellement entendues par cinq juges liquidateurs.
Concrètement, chaque juge est en charge d'environ 2 000 dossiers, une charge qui rend impossible le respect des délais fixés si des mesures immédiates ne sont pas adoptées.
« Le problème ne sera pas résolu en remplissant les tribunaux de personnel administratif si nous continuons à n'avoir qu'un seul juge », a prévenu Arrocha lors de sa présentation.
Selon lui, le goulot d'étranglement ne réside pas dans le manque d'équipes de soutien, mais dans la capacité de décision, qui incombe exclusivement aux juges.
C'est pour cette raison qu'il a évoqué la nécessité de doubler le nombre de juges liquidateurs, au moins dans le premier district judiciaire, comme condition minimale pour achever la liquidation des anciens dossiers dans un délai de deux à trois ans. Si cette mesure n’est pas adoptée, on estime que le processus pourrait s’étendre jusqu’à huit ans.
Le rapport met également en contexte la pression qui pèse sur le système au-delà du nouveau code. Au cours de l'Assemblée Plénière de la Cour Suprême de Justice, le bureau d'Arrocha a traité 1.947 dossiers en 2025, parmi lesquels 205 ont été soumis sous sa présentation, 180 ont été traités et 25 sont en attente de résolution, tandis que 1.767 dossiers provenant d'autres bureaux ont également été traités.

Ce flux inter-services, selon le magistrat, reflète que la surcharge judiciaire était un problème structurel avant la réforme.
A la Première Chambre Civile, le bilan annuel fait état de 1.028 dossiers traités, avec 215 nouvelles inscriptions, 188 dossiers traités, 27 en attente et 840 dossiers en provenance d'autres offices.
Entre-temps, dans la Quatrième Salle des Affaires Générales, 845 dossiers ont été traités, dont 616 demandes d'aptitude, dont 603 ont été traitées, en plus de 181 dossiers provenant d'autres bureaux.
Ces données renforcent l’argument selon lequel la pression sur les juges ne se limite pas à un domaine spécifique, mais traverse différents domaines et fonctions du pouvoir judiciaire.
La situation n’est pas différente dans d’autres domaines sensibles, comme les procédures d’insolvabilité. Arrocha a souligné qu'il sera également nécessaire de doubler le nombre de juges, compte tenu du volume et de la complexité des affaires.
Bien que de nouveaux postes aient été inclus dans le budget du pouvoir judiciaire à partir de juillet, il a reconnu que ceux-ci pourraient ne pas être suffisants pour relever tout le défi que représente la mise en œuvre du nouveau code, de sorte que des stratégies internes de redistribution des ressources ne sont pas exclues si les fonds supplémentaires n'arrivent pas à temps.
En termes financiers, le rapport révèle le poids économique de la réforme. Jusqu'à présent, le pouvoir judiciaire a investi environ 5 millions de dollars dans le processus de mise en œuvre du Code de procédure civile.
Cependant, Arrocha estime que, dans les deux prochaines années, un investissement supplémentaire de 5 à 10 millions de dollars sera nécessaire, selon la rapidité avec laquelle seront approuvées les ressources nécessaires à la liquidation des anciens processus.

L’objectif idéal est d’achever l’ensemble du processus en trois ans, même s’il a reconnu que sans soutien budgétaire, cet objectif serait difficile à atteindre.
Au-delà des chiffres, le nouveau Code de procédure civile introduit un changement structurel dans l'administration de la justice. L'un de ses principaux avantages est la réduction substantielle des délais de traitement, avec des estimations faisant état d'une réduction allant jusqu'à 600 jours de la durée des procédures, grâce à un modèle plus oral et concentré et à un contrôle judiciaire plus important.
Toutefois, ces avantages ne peuvent être pleinement réalisés que si le système dispose d’un nombre suffisant de juges et de l’infrastructure nécessaire pour soutenir l’augmentation du nombre d’audiences et de résolutions.
Cent jours après sa mise en œuvre, le bilan du Code de procédure civile montre des avancées concrètes, mais révèle aussi une réalité inconfortable : la réforme fonctionne déjà, mais elle fonctionne à la limite des capacités installées.
La réduction des délais et la modernisation des procédures sont des acquis tangibles, mais leur pérennité dépendra des décisions budgétaires et administratives qui devront être prises à court terme.
Le message du rapport est clair : le Code de procédure civile échouera non pas à cause de sa conception juridique, mais plutôt à cause du manque de ressources si des mesures ne sont pas prises rapidement.
La fenêtre pour rectifier le tir est encore ouverte, mais le temps presse contre un système déjà chargé de milliers de dossiers hérités du passé et qui fait face, en même temps, à la pression de tenir les promesses d’une justice plus agile et plus efficace.