L'installation d'une table d'urgence pour faire face à la crise sanitaire au pénitencier du Litoral a eu lieu cette semaine, au milieu de vives plaintes de la part de membres de familles et d'organisations de défense des droits de l'homme, qui affirment que près de 1.000 personnes privées de liberté sont mortes ces dernières années pour des causes liées à la malnutrition, à l'insalubrité et au manque de soins médicaux, pendant leur détention par l'État. Cette mesure intervient après des mois d'alertes documentées concernant un effondrement structurel dans le plus grand centre pénitentiaire du pays et sous la pression des résolutions judiciaires et préventives internationales.
La table a été installée dans le cadre du respect des mesures de précaution accordées par la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) en faveur de toutes les personnes privées de liberté du Centre de privation de liberté n°1 de Guayas, ainsi que des victimes de disparitions forcées survenues dans des contextes de militarisation des prisons. L'espace a été convoqué par le ministère du Gouvernement et compte avec la participation d'institutions de l'État, du Bureau du Défenseur du peuple et d'organisations requérantes telles que le Comité permanent pour la défense des droits de l'homme (CDH).
L'installation de cette instance intervient après que le CDH a effectué, le 22 avril 2025, une visite à l'intérieur du pénitencier du Litoral sur décision judiciaire, au cours de laquelle il a constaté de graves violations des droits de l'homme, notamment en matière d'alimentation, de santé, de conditions de vie et de traitement digne. Le rapport qui en résulte décrit un scénario d’urgence humanitaire, aggravé – selon l’organisation – par l’occupation militaire permanente ordonnée depuis janvier 2024.

Selon ce rapport, dans le pavillon 7 du centre pénitentiaire se trouvaient 531 personnes avec un diagnostic confirmé de tuberculose, beaucoup d'entre elles sans accès à un traitement médical depuis au moins trois mois, malgré des résultats cliniques prouvant la maladie. Au cours de la tournée, des détenus ont été observés dans un état grave, certains incapables de bouger, d'autres présentant une perte de poids extrême et des symptômes compatibles avec une malnutrition sévère, ainsi que des personnes qui avaient déjà purgé leur peine mais étaient toujours détenues.
Les conditions matérielles décrites par le CDH incluent l'absence d'eau potable et d'électricité dans les cellules, les débordements d'eaux usées, la présence d'excréments de rongeurs, le manque d'ustensiles de nettoyage et une surpopulation extrême, avec jusqu'à neuf personnes par cellule conçue pour trois. À la polyclinique, le personnel du Ministère de la Santé Publique a signalé que les Forces Armées empêchent depuis des mois l'entrée des médecins et des médicaments, ce qui a conduit à la suspension des traitements et à l'accumulation de personnes dans un état critique sans possibilité de transfert vers l'hôpital en raison du manque d'ambulances.
En termes de nourriture, le rapport précise que la livraison de nourriture est effectuée sans registre documenté et dans des conditions insalubres. Au cours de la visite, la présence de conteneurs contenant du riz infesté de mouches, de nourriture exposée pendant des heures au soleil et de rations insuffisantes par rapport au nombre de personnes détenues a été confirmée. Par ailleurs, les produits vendus dans les commissaires privés étaient majoritairement constitués d’aliments ultra-transformés à faible valeur nutritionnelle.

Forts de ces constats, les proches des personnes privées de liberté soutiennent que les décès en détention ne peuvent s'expliquer uniquement par les violences carcérales. Lors de rassemblements organisés à Guayaquil et Quito, ils dénoncent que le nombre cumulé de décès dus aux maladies, à la famine et à l'abandon de l'État s'approche du millier, sans qu'il existe à ce jour de bilan officiel transparent et vérifiable. Les organisations d'accompagnement préviennent que l'absence de données consolidées fait partie du problème et rend difficile toute réponse efficace.
Dans sa déclaration de janvier 2026, le CDH a souligné que la crise sanitaire dans le pénitencier du Litoral ne répond pas à une seule cause, mais à une chaîne d'actions et d'omissions accumulées, parmi lesquelles l'effondrement des services de restauration, le manque de coordination institutionnelle et la militarisation sans plan de transition ni contrôle civil efficace. Pour cette raison, il a souligné que la table d'urgence doit fonctionner avec des critères techniques, basés sur des preuves et avec la participation de responsables directement compétents dans le système pénitentiaire.

Le rapport de la visite d'avril conclut que les conditions observées constituent une forme systématique de traitement cruel, inhumain et dégradant, et qualifie même la situation de pratique étatique de torture physique et psychologique continue. Parmi ses recommandations centrales figure la création urgente d'une table interinstitutionnelle de santé et d'alimentation, précisément celle qui est désormais annoncée, bien que retardée compte tenu de l'ampleur de la crise.
Alors que le groupe commence ses travaux, les membres des familles et les défenseurs des droits humains avertissent que chaque jour sans mesures concrètes se traduit par de nouveaux décès évitables. On espère que cet espace ne se limitera pas à des diagnostics répétés, mais qu'il produira des décisions immédiates et vérifiables pour garantir une alimentation adéquate, des soins médicaux en temps opportun et des conditions minimales de dignité dans un centre qui, depuis des années, concentre certaines des violations des droits humains les plus graves en Équateur.