Un adolescent vénézuélien condamné à 10 ans de prison pour crimes politiques a été libéré après plus d'un an de détention, a confirmé ce lundi l'organisation Foro Penal, principale défenseure des prisonniers politiques au Venezuela. Le mineur a été arrêté le 9 janvier 2024, alors qu'il avait 16 ans, après une fouille policière de son téléphone portable dans lequel ont été trouvées des images considérées comme contraires au régime de Nicolas Maduro. La sentence, prononcée en décembre dernier, a été qualifiée d'« aberrante et injuste » par les organisations de défense des droits humains.
Alfredo Romero, directeur du Foro Penal, a expliqué dans son compte X que l'arrestation a eu lieu un jour avant que Maduro ne prête serment pour un troisième mandat présidentiel consécutif, après une élection que l'opposition et une grande partie de la communauté internationale considèrent comme frauduleuse. L'adolescent a été capturé lors d'une journée de manifestations convoquées par la leader de l'opposition María Corina Machado pour défendre la victoire d'Edmundo González Urrutia, actuellement exilé en Espagne, aux élections présidentielles du 28 juillet 2024.
Selon l'ONG Comité pour la liberté des prisonniers politiques (CLIPP), le mineur a été reconnu coupable des délits de « terrorisme, incitation à la haine et fermeture de la voie publique », accusations habituellement utilisées par le régime chaviste contre les manifestants et opposants. La criminalisation des contenus numériques trouvés sur les appareils mobiles est devenue un outil de répression récurrent au Venezuela, où les autorités procèdent à des fouilles arbitraires des téléphones dans des contextes de mobilisations politiques.

Cette libération fait partie d'un processus de libération annoncé le 8 janvier par Jorge Rodríguez, président de l'Assemblée nationale contrôlée par le chavisme. Cette annonce intervient cinq jours seulement après que les États-Unis ont arrêté Maduro et son épouse, Cilia Flores, à Caracas et les ont transférés dans une prison de New York.
Ce lundi, le Foro Penal a confirmé 266 libérations dans le cadre du processus annoncé par Rodríguez, même si les proches des détenus et les organisations de défense des droits de l'homme ont dénoncé un « manque de transparence » dans les libérations. Il n'existe pas de liste officielle avec les noms des bénéficiaires ni d'informations claires sur les conditions imposées pour leur libération, ce qui a généré une méfiance quant à la portée réelle de la mesure.
Après la libération de l'adolescent, Foro Penal dénombre actuellement plus de 800 prisonniers politiques au Venezuela, dont un mineur toujours détenu. L'organisation évalue également un autre cas pour déterminer s'il s'agit d'une détention arbitraire. L’emprisonnement de mineurs pour des raisons politiques a été documenté à plusieurs reprises par des organisations internationales, qui ont mis en garde contre le recours à la justice pénale comme instrument de répression contre les opposants et les manifestants.

Le contexte de ces libérations est marqué par la pression internationale sur le régime chaviste et par la capture de Maduro sur le territoire vénézuélien par les États-Unis, un événement sans précédent qui a reconfiguré le scénario politique régional. Washington maintient une politique de sanctions contre de hauts responsables du régime vénézuélien, dont Maduro lui-même, accusé de trafic de drogue et de violations des droits de l'homme.
Des organisations internationales telles que Human Rights Watch et Amnesty International ont dénoncé à plusieurs reprises la criminalisation de la dissidence au Venezuela, où des tribunaux alignés sur l'exécutif prononcent des peines disproportionnées contre des opposants, des journalistes, des militants et des citoyens ordinaires. Le cas de l'adolescent aujourd'hui libéré reflète cette dynamique : une peine de 10 ans de prison pour possession d'images sur téléphone portable constitue une violation flagrante des droits fondamentaux et des garanties procédurales internationalement reconnues.
La libération, bien que célébrée par les défenseurs des droits humains, n'annule pas la peine ni n'efface le casier judiciaire du jeune homme, qui devra faire face aux conséquences sociales et judiciaires de son séjour en prison. Foro Penal a insisté sur la nécessité que les libérations soient accompagnées de contrôles judiciaires qui annulent les processus défectueux et rétablissent pleinement les droits des personnes concernées.