L'AEC avance depuis Panama dans un plan régional pour faire face à la crise humanitaire en Haïti

Sous la présidence pro tempore du Panama, l'Association des États de la Caraïbe (AEC) tient cette semaine la Conférence régionale sur l'assistance humanitaire et le développement, un espace visant à coordonner une réponse régionale à la crise que traverse Haïti.

La réunion a lieu ces mardi et mercredi dans la capitale panaméenne, dans un contexte marqué par un déficit critique du financement international et la dégradation des conditions de vie dans le pays des Caraïbes.

Selon des estimations récentes d'organisations internationales, plus de la moitié de la population haïtienne, soit environ six millions de personnes, a besoin d'une aide humanitaire d'urgence.

La combinaison de l'instabilité politique, de la violence armée, de l'effondrement institutionnel et de la détérioration économique a placé Haïti au centre de l'une des crises les plus graves de la région.

Lors de la conférence, le ministre des Affaires étrangères du Panama, Javier Martínez-Acha, a souligné que la situation en Haïti ne doit pas être comprise seulement comme un problème national, mais comme un défi régional qui affecte la stabilité de la Grande Caraïbe.

Le chancelier a souligné que la détérioration accélérée des services essentiels, de la gouvernance et des conditions de vie a des impacts qui transcendent les frontières haïtiennes, c'est pourquoi il a insisté sur la nécessité d'une réponse coordonnée.

Ministre panaméen des Affaires étrangères, Javier Martínez-Acha

Le Plan d'action pour l'assistance humanitaire et le développement d'Haïti, discuté lors de la réunion, se concentre sur des domaines clés tels que l'accès humanitaire, la sécurité alimentaire, la santé, l'eau potable, la protection de l'enfance et les mécanismes de financement.

L'initiative sera mise en œuvre par un Comité directeur composé de dix pays et coprésidé par Haïti et le Mexique, avec le soutien des États membres de l'AEC.

L'ampleur de la crise haïtienne se reflète clairement dans les indicateurs sociaux et économiques les plus récents. Haïti continue d'être le pays où les niveaux de pauvreté sont les plus élevés d'Amérique latine et des Caraïbes.

Les estimations pour 2025 indiquent que près de 60 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, tandis que plus de 35 % vit dans une pauvreté extrême.

Le revenu par habitant reste parmi les plus bas de l’hémisphère occidental, avec une économie qui a connu des années consécutives de stagnation ou de contraction.

Le chômage et l’informalité aggravent la situation. Plus des deux tiers de la population active travaillent dans des activités informelles, sans accès à la sécurité sociale ni à un revenu stable.

Le manque d'investissement, la détérioration des infrastructures et l'insécurité ont limité la capacité du secteur privé à générer des emplois formels, en particulier dans les zones urbaines touchées par la violence des groupes armés.

Insécurité et contrôle

Dans le domaine alimentaire, Haïti fait face à une situation critique. Les données mises à jour de la Classification intégrée de la sécurité alimentaire indiquent qu’environ 5,7 millions de personnes seront confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en 2025.

Sur ce total, plus de deux millions se trouvent en situation d’urgence, tandis que près d’un million d’enfants courent un risque élevé de malnutrition aiguë. L’interruption des chaînes d’approvisionnement, la hausse des prix alimentaires et le déclin de la production agricole ont aggravé la vulnérabilité de larges pans de la population.

La crise sécuritaire a également eu des effets directs sur le fonctionnement de l’État. Selon des rapports internationaux, de vastes zones de Port-au-Prince et d'autres régions restent sous le contrôle de bandes armées, ce qui a provoqué des déplacements internes massifs.

On estime que plus d’un million de personnes ont quitté leur domicile ces derniers mois, mettant encore plus à rude épreuve les services limités de santé, d’éducation et d’eau potable.

Le secrétaire général du

Au niveau institutionnel, Haïti fait face à une paralysie politique prolongée. Le pays n'a pas organisé d'élections générales depuis 2016 et la faiblesse des institutions a limité la capacité de l'État à exercer un contrôle territorial, à garantir la sécurité et à mettre en œuvre des politiques publiques.

Cette fragilité institutionnelle a rendu difficile la canalisation efficace de l’aide internationale et la mise en œuvre de programmes de développement à long terme.

La Secrétaire générale de l'AEC, Noemí Espinoza Madrid, a déclaré qu'Haïti est au centre d'une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent dans la région. Comme il l'a expliqué, la violence croissante, les déplacements massifs et l'affaiblissement des services essentiels nécessitent une réponse coordonnée, globale et respectueuse de la souveraineté haïtienne.

En ce sens, l'AEC a souligné l'importance d'une collaboration étroite avec les organisations du système des Nations Unies, la Communauté des Caraïbes (CARICOM), les banques multilatérales de développement et l'Organisation des États américains (OEA). L’objectif est d’éviter la duplication des efforts et de garantir que les ressources disponibles sont efficacement dirigées vers les domaines ayant le plus grand impact.

La conférence régionale vise également à mettre davantage l’accent sur des solutions durables qui nous permettent de dépasser la logique de l’aide d’urgence permanente. Parmi les sujets abordés figurent le renforcement de la production agricole locale, la réhabilitation des services de base, l'accès aux financements concessionnels et l'appui aux mécanismes de gouvernance permettant de rétablir les capacités institutionnelles.