L'organisation non gouvernementale vénézuélienne Acceso a la Justicia a dénoncé lundi de graves lacunes techniques et juridiques dans le projet de loi d'amnistie pour les prisonniers politiques que le Parlement contrôlé par le chavisme envisage d'approuver cette semaine. Le texte, présenté dans le cadre d'un prétendu « nouveau moment politique » après la capture de Nicolas Maduro par les États-Unis le 3 janvier, contient ce que l'ONG qualifie de « contradictions fondamentales » qui pourraient vider la portée de la mesure du contenu réel.
Parmi les principales objections, Acceso a la Justicia souligne que le projet utilise le terme « extrémisme » pour désigner ceux qui pourraient bénéficier de l'amnistie, ce qui implique de disqualifier d'emblée les bénéficiaires potentiels et de présupposer leur responsabilité pénale avant toute évaluation. En outre, le projet introduit le concept de « clémence souveraine », une expression qui, selon l'organisation, « implique l'existence préalable d'une responsabilité ou d'une culpabilité », déformant ainsi la figure de l'amnistie, qui, par définition, ne doit pas préjuger de la culpabilité des personnes auxquelles elle s'applique.
L’un des aspects les plus graves identifiés par l’ONG est ce qu’elle appelle un « conflit d’intérêt évident ». Le projet attribue l'exécution de l'amnistie aux mêmes tribunaux et au parquet qui, selon les plaintes d'organisations internationales telles que la Mission d'établissement des faits de l'ONU, ont participé activement à la « répression massive et aveugle » contre les opposants politiques au Venezuela. Cette circonstance soulève de sérieux doutes quant à l'impartialité avec laquelle la loi sera appliquée, étant donné que les organes judiciaires accusés de violations des droits de l'homme seraient chargés de déterminer qui est couvert par l'amnistie et qui ne l'est pas.
Le texte ne permet pas non plus aux membres de la famille, aux avocats ou aux organisations non gouvernementales d'agir au nom des bénéficiaires potentiels, ce qui limite les possibilités de défense et de soutien juridique des prisonniers politiques. En outre, le projet ne précise pas ce qui devrait se passer si un juge détermine qu’une affaire soumise à son examen n’est pas susceptible d’amnistie, laissant incertain l’avenir procédural de ceux qui sont exclus.

La loi établit une série d'exclusions qui pourraient affecter une partie importante des personnes détenues pour des raisons politiques. Seraient exclus ceux qui ont commis de graves violations des droits de l'homme, des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre, des homicides intentionnels, du trafic de drogue avec une peine minimale de plus de neuf ans de prison et des crimes contre la propriété publique. Access to Justice prévient que dans le cadre du délit d'homicide, l'assassinat est classé comme une forme qualifiée, imputée à de nombreux militaires actifs et retraités, même si l'organisation souligne qu'« on ne peut pas parler d'assassinat tant que la mort de la victime présumée n'a pas eu lieu », faisant ainsi allusion aux accusations fabriquées contre les opposants pour de prétendus projets d'attaque contre le dictateur.
L’ONG a appelé à ce que l’application de la loi soit « juste, garantie et transparente », afin qu’elle permette d’obtenir « la liberté tant attendue » de toutes les victimes de persécutions politiques de 1999 au 30 janvier 2026, ainsi que de leurs familles. Cet appel surgit dans un contexte de profonde méfiance à l’égard des institutions du régime chaviste, qui ont historiquement été utilisées comme outils de répression politique.
La proposition d’amnistie fait partie de ce que Delcy Rodríguez appelle un « nouveau moment politique » pour le Venezuela, après la capture de Maduro. Depuis, le régime a annoncé un processus de libérations sélectives, même si les organisations de défense des droits de l'homme ont averti que ces libérations répondaient davantage à une stratégie de légitimation internationale qu'à un réel changement dans la politique répressive du chavisme.