Le gouvernement de Delcy Rodríguez répond aux revendications des employeurs et réglemente les conseils d'entreprise

Poursuivant sa ligne d'approche envers le secteur privé, le régime chaviste a publié une ordonnance qui limite drastiquement le champ d'action des Conseils productifs des travailleurs (CPTT), une figure rejetée par les hommes d'affaires qui l'accusaient d'attaquer la propriété privée, le secret industriel et la paix du travail.

Le règlement signé par le ministre du Travail, Carlos Castillo Ascanio, établit que les CPTT « auront exclusivement des fonctions consultatives, consultatives, de recommandation et d'assistance à l'employeur », soulignant que « leurs actions n'auront pas de force contraignante, ni de pouvoir décisionnel, coercitif ou de sanction ».

La loi CPTT a été promulguée en février 2018, en pleine offensive du régime contre les hommes d’affaires. Le texte a un statut « constitutionnel » car il a été sanctionné par l’Assemblée nationale constituante (ANC), mise en doute, que le chavisme avait alors installée pour annuler le Parlement à majorité d’opposition.

Des travailleurs et des étudiants de l'Université centrale du Venezuela (UCV) participent à une manifestation pour exiger des améliorations salariales, à Caracas (Venezuela). EFE/Miguel Gutiérrez

Le cadre juridique stipule que la CPTT doit opérer dans toutes les « entités de travail », étant composées d'un maximum de sept travailleurs, dont un membre de la milice bolivarienne.

La norme de 2018 promue par Nicolás Maduro inclut parmi les pouvoirs de la CPTT « la connaissance, l'évaluation et la supervision des processus de production, d'approvisionnement, de commercialisation et de distribution des produits et services de l'entité de travail », ainsi que « la surveillance et le contrôle des actions susceptibles de provoquer des distorsions dans les mécanismes d'approvisionnement en produits et services », entre autres.

L'arrêté signé par le ministre Castillo laisse de côté le ton punitif de la loi et souligne que la CPTT doit « coopérer avec les organisations syndicales et l'employeur », « formuler des suggestions et des recommandations qui contribuent au développement de la production nationale » et favoriser « un climat de relations de travail harmonieuses et productives ».

Désormais, la CPTT pourra « proposer à l'employeur des mesures préventives et correctives », étant établi que ce sera l'employeur qui sera « exclusivement » responsable de la décision de mettre en œuvre ce qui a été proposé.

Des travailleurs syndiqués scandent des slogans en tenant des os de vache lors d'une manifestation réclamant de meilleures conditions de travail et des élections présidentielles, devant le Conseil national électoral (CNE) à Caracas, le 9 juin 2026. (Maxwell BRICENO / AFP)

La loi de 2018 précise que pour garantir leur fonctionnement, les membres des CPTT devaient bénéficier « d’un congé payé obligatoire, calculé comme si la journée de travail était effectivement travaillée, pour assister aux réunions dans l’exercice de leurs fonctions, dans la limite de 16 heures par mois ».

En revanche, le jugement de 2026 indique que la CPTT « se réunira ordinairement une fois par mois, après coordination préalable avec l'employeur », partant du postulat que cette activité « n'affecte pas le développement normal » des activités de l'entreprise.

Il est strictement interdit au CPTT d'intervenir « dans l'embauche, le transfert ou le licenciement du personnel », de superviser « les règles de travail ou de sécurité et d'hygiène » et d'intervenir dans les réclamations ou plaintes en matière de travail.

Après la chute de Maduro, provoquée par l’attaque militaire menée par les forces spéciales américaines le 3 janvier, le président par intérim Delcy Rodríguez a annoncé le début d’un « nouveau moment politique ».

L'Organisation internationale du travail (OIT) promeut le Forum de dialogue social, auquel participent le gouvernement, les syndicats et les hommes d'affaires. Dans cet espace, la nécessité de réglementer le CPTT a été débattue.

Photographie d'archive de la façade du siège de la Fédération vénézuélienne des chambres de commerce et de production (Fedecamaras). EFE/Rayner Peña R.

L'ONG Access to Justice attire l'attention sur la tournure prise par l'administration du président par intérim dans cette affaire. « Il faut souligner le changement d'approche établi par l'arrêt par rapport à la loi, car alors que la loi parle de la construction du modèle socialiste, l'arrêt mentionne comme objet le développement de la CPTT dans le cadre du respect de principes comme la liberté d'entreprise », observent-ils.