La carte de la crise migratoire cubaine a subi une profonde transformation au cours des deux dernières années. Pourtant, pendant longtemps, la route de l’Amérique centrale vers l’Amérique du Nord a été la route prioritaire pour ceux qui fuyaient l’île.
Pourtant, l’Amérique du Sud s’est rapidement imposée comme une destination définitive et un refuge de premier ordre. À l’épicentre de ce phénomène se trouve le Brésil, un pays qui est passé du rôle de corridor transitoire à celui de nœud d’accueil pour des milliers de Cubains demandant l’asile formel pour reconstruire leur vie.
Selon les données les plus récentes présentées par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans sa Matrice de suivi des déplacements (DTM), le nombre de citoyens cubains ayant demandé l'asile sur le territoire brésilien est passé de 22 288 en 2024 à 41 919 en 2025.
Cette augmentation vertigineuse de 88 % reflète non seulement une intensification des départs massifs de l’île, mais aussi une réorientation marquée des flux migratoires dans la région.
Le déclencheur structurel de cette augmentation exponentielle des demandes de protection internationale n’est pas fortuit : il répond directement à la détérioration extrême et insoutenable des conditions de vie sous le régime cubain.

En outre, la crise multidimensionnelle que traverse Cuba combine un effondrement absolu dû à différents facteurs, tels que :
- Système économique centralisé
- Inflation galopante
- Pénurie chronique de nourriture et de médicaments
- De graves pannes d'alimentation électrique maintiennent la population dans l'obscurité pendant des journées entières.
Cependant, le facteur déterminant de l’augmentation du nombre de réfugiés – plutôt que la simple migration économique – est l’augmentation soutenue de la répression sociopolitique. Le gouvernement de La Havane a renforcé les mesures punitives et la surveillance des citoyens, criminalisant les manifestations pacifiques, persécutant les voix dissidentes et imposant un environnement d'asphyxie libertaire où l'exercice des droits fondamentaux est devenu pratiquement impossible.

Des milliers de Cubains considèrent donc que quitter le pays est la seule véritable alternative pour sauvegarder leur intégrité physique et leur liberté. Une fois arrivé sur le territoire brésilien, la demande d'asile devient la ressource juridique idéale pour formaliser la permanence.
La protection internationale au Brésil offre aux Cubains un cadre de régularisation qui leur donne un accès immédiat au marché du travail formel, aux services publics de santé et d'éducation et, surtout, à la protection institutionnelle que le régime de leur pays d'origine leur a systématiquement refusée.
Dans ce nouveau scénario, les citoyens cubains utilisent des vols réguliers vers des pays d'Amérique du Sud qui ne nécessitent pas de visa d'entrée, comme la Guyane ou le Venezuela. Une fois sur le continent, ils entreprennent des voyages terrestres vers les zones frontalières du nord du Brésil :
- Pacaraima (État de Roraima) : Point de passage frontalier incontournable pour ceux qui entrent par le territoire vénézuélien.
- Bonfim (Etat du Roraima) : Principale porte terrestre des flux en provenance de Guyane.

Alors qu'un pourcentage important choisit de s'installer définitivement au Brésil, d'autres utilisent leur séjour dans le géant sud-américain comme plate-forme de transit sûre vers d'autres pays du cône sud, comme l'Uruguay, où l'immigration cubaine a également connu une croissance notable.
La combinaison d'un régime autoritaire qui rend impossible une vie décente sur l'île et de l'ouverture de canaux d'accueil institutionnels au Brésil a reconfiguré le panorama migratoire de la région. Tout indique que tant que les conditions d’oppression et d’insoutenabilité économique persisteront à Cuba, le Brésil continuera à être l’un des principaux bastions de refuge et d’installation des familles cubaines en Amérique du Sud.