Le transfert cette semaine de sept dirigeants de l'organisation criminelle Comando Vermelho (CV) vers des prisons fédérales marque une étape opérationnelle dans la stratégie de l'État brésilien visant à affaiblir l'un des gangs les plus puissants du pays. La décision a été adoptée après la méga opération policière qui a fait 121 morts dans les favelas du nord de Rio de Janeiro.
Le contexte immédiat est l’opération menée dans les favelas de Penha et Complexo do Alemão, zones dans lesquelles le CV « occupe » ou contrôle au moins de facto de grands espaces territoriaux. Les autorités attribuent à ces sept prisonniers la capacité de diriger – même depuis la prison – les opérations du gang à Rio de Janeiro.
Le transfert a été réalisé dans le cadre d'une forte opération de sécurité de la part de la police fédérale, qui assure désormais la garde des détenus. Le ministère brésilien de la Justice a précisé que les prisonniers occuperont des cellules individuelles, sans contact avec les autres détenus, resteront isolés 22 heures sur 22 et ne sortiront dans la cour que pendant deux heures, sous stricte surveillance.

Selon le ministère, le transfert « a été effectué dans le respect des normes de sécurité les plus élevées, avec une planification détaillée ». L'emplacement exact des centres fédéraux n'a pas été communiqué pour des raisons de sécurité.
Le contenu de cette stratégie est clair : frapper la capacité de commandement du CV depuis l'intérieur du système pénitentiaire, couper ses liens avec la rue et réduire son fonctionnement territorial. Ce gang, fondé il y a plus de trente ans à Rio de Janeiro, est traditionnellement l'une des forces criminelles les plus présentes dans les favelas de Rio.
Cette manœuvre intervient après l'une des opérations les plus meurtrières de l'histoire de Rio de Janeiro : le déploiement policier du 28 octobre 2025 qui a fait au moins 121 morts, dont quatre policiers.
Des organisations de défense des droits humains ont remis en question cette opération : Amnesty International l'a qualifiée de « massacre » et a appelé à une enquête « indépendante et impartiale », mettant en garde contre des signes d'exécutions extrajudiciaires et de violences systématiques dans des contextes de ségrégation.
Les principales critiques sont doubles : premièrement, que de nombreuses personnes sont mortes au cours de l'opération de police dont l'identité et le lien réel avec le CV n'ont pas été confirmés, deuxièmement, l'impunité persistante dans les opérations de sécurité dans les favelas. Une analyse récente indique que bon nombre des victimes étaient des jeunes noirs vivant dans des quartiers pauvres, ce qui ajoute une dimension de racisme structurel.

Pour l’État, la prison fédérale de ces patrons est une démarche fonctionnelle : isoler les commandants, couper le commandement interne et envoyer le message que « personne n’est hors de portée ». Mais le succès dépendra de la surveillance : les isoler ne suffit pas si le réseau routier reste intact et si la corruption policière ou la complicité sociale ne sont pas combattues.
Se pose également la question de la légitimité : un État démocratique doit enquêter de manière transparente sur les opérations meurtrières, garantir les droits et empêcher que la violence d’État ne s’ajoute au cycle de la criminalité. Autrement, la frontière entre la lutte contre la criminalité et le recours arbitraire à la force devient floue.
Dans le contexte du crime organisé brésilien, le CV n’est pas une anomalie : il coexiste avec d’autres factions comme le Primeiro Comando da Capital (PCC) et s’inscrit dans la logique du contrôle territorial, du trafic de drogue et de l’extorsion.
En bref, le transfert de ces sept dirigeants du Commandement Rouge exprime une escalade du dessein de l'État contre le crime organisé : resserrer les prisons, isoler les dirigeants et affronter la violence urbaine comme un problème de sécurité. Mais en même temps, cela soulève la question de savoir combien de décès supplémentaires seront compensés par une politique qui doit légitimer à la fois ce qu’elle fait et ce qu’elle ne fait pas.