Crise en Haïti : le Conseil de transition a entamé le processus de destitution de son premier ministre deux semaines après avoir quitté le pouvoir

Le Conseil présidentiel de transition (CPT) d'Haïti a confirmé ce vendredi qu'il procéderait au limogeage de la première ministre par intérim, Alix Didier Fils-Aimé, une décision adoptée à la majorité moins de deux semaines avant la dissolution du Conseil lui-même, le 7 février.

L'annonce, faite à Port-au-Prince, a révélé les fractures internes de l'organisme qui exerce le pouvoir exécutif et ravivé les tensions avec les États-Unis, qui avaient explicitement demandé de préserver la stabilité du gouvernement.

« Le processus est en cours. La décision a été prise et les procédures pour sa publication officielle sont suivies », a déclaré le conseiller à la présidence Edgard Leblanc Fils, l'un des membres votants du CPT. Comme il l'a expliqué, la mesure a été adoptée à la majorité qualifiée et prévoit la nomination d'un nouveau Premier ministre dans un délai maximum de 30 jours, issu de l'actuel cabinet intérimaire.

Leblanc a défendu l'autonomie du Conseil face aux critiques extérieures et a soutenu que la communauté internationale « devra prendre note de nos décisions ». Dans ce sens, il a mis en cause les déclarations d'acteurs étrangers en soutien à Fils-Aimé et a affirmé que « sur les réseaux sociaux on voit des messages de représentants de la communauté internationale sans beaucoup de respect pour le peuple haïtien ».

« Le processus est en cours.

Cette annonce intervient un jour après que Washington a averti que le maintien de Fils-Aimé au pouvoir était « essentiel » pour faire face à la violence des gangs armés qui contrôlent de vastes zones du pays.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio s'est entretenu avec le Premier ministre pour réitérer son soutien et souligner que l'insécurité ne peut être inversée qu'avec un leadership fort et soutenu. Par ailleurs, il a rappelé que le CPT doit être dissous à la fin de son mandat et a mis en garde contre de « graves conséquences » pour les acteurs politiques considérés comme corrompus.

Malgré ces avertissements, le conseiller présidentiel Leslie Voltaire a réaffirmé que le Conseil procéderait à la destitution.

« Nous avons nommé Didier Fils-Aimé et nous avons la responsabilité de nommer un nouveau Premier ministre, un nouveau gouvernement et une nouvelle présidence », a-t-il déclaré.

Voltaire a soutenu que la décision répond à une évaluation interne de la performance du chef du gouvernement et a déclaré que, même si sa capacité est reconnue, « la population ne reçoit pas ce dont elle a besoin ».

Le secrétaire d'État de

Le CPT, composé de neuf membres – sept ayant le droit de vote et deux observateurs – a été installé en avril 2024 avec pour mission de restaurer la sécurité, d'organiser des élections générales après près d'une décennie sans élections nationales, de promouvoir un référendum constitutionnel et de réactiver l'économie. Cependant, ces objectifs n’ont pas été atteints dans un contexte marqué par l’avancée des bandes armées, la paralysie institutionnelle et les allégations de corruption et de conflits internes.

Les violences se sont intensifiées depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Les groupes armés contrôlent une grande partie de Port-au-Prince et des zones stratégiques du pays, tandis que la population est confrontée aux déplacements, à l'effondrement des services de base et à une insécurité persistante. Selon les données des Nations Unies, des milliers de personnes sont mortes l'année dernière dans des épisodes liés à des violences criminelles, des chiffres que les organisations internationales jugent sous-estimés.

Le Conseil lui-même est désormais confronté à des questions quant à sa continuité. Voltaire a confirmé que le CPT serait dissous le 7 février, tout en reconnaissant qu'il n'y a pas de consensus politique sur le mécanisme qui le remplacera.

« Si les partis et la société civile ne présentent pas la meilleure option, nous trouverons une solution », a-t-il déclaré.

Les analystes préviennent qu’une éventuelle prolongation du mandat ou une transition désordonnée pourrait ajouter encore plus d’instabilité à un pays déjà confronté à un effondrement prolongé de l’ordre constitutionnel. Parallèlement, le calendrier électoral reste incertain, avec des élections présidentielles prévues pour 2026, dans un scénario où la gouvernabilité et la sécurité restent les principaux défis.