Delcy Rodríguez, président en charge du Venezuela depuis la capture de Nicolás Maduro par les troupes américaines le 3 janvier, a atterri ce dimanche à Istanbul pour entamer la deuxième étape d'une tournée internationale dont le pétrole est l'axe central. Le président a été reçu par le ministre turc de l'Énergie et des Ressources naturelles, Alparslan Bayraktar, et par les autorités locales de la capitale économique turque.
La délégation comprend le ministre des Affaires étrangères Yván Gil, la ministre du Tourisme Daniela Cabello, la ministre de la Science et de la Technologie Gabriela Jiménez, la ministre des Transports Jacqueline Farías, ainsi que les chefs du Commerce extérieur et de l'Information, Johann Álvarez et Miguel Pérez Pirela. La chaîne d'État VTV Il a transmis les images de la réception sans préciser quel serait l'ordre du jour précis ni la durée du séjour dans le pays.
L'escale turque intervient à la fin d'une visite officielle de cinq jours en Inde, au cours de laquelle Caracas a consolidé l'une de ses plus grandes réussites diplomatiques récentes : le retour du brut vénézuélien sur le plus grand marché pétrolier en croissance au monde. Avant avril, l’Inde n’achetait plus de pétrole vénézuélien depuis mai 2025, lorsque les raffineurs indiens ont interrompu leurs achats par crainte de sanctions de Washington. L’assouplissement de ces restrictions a rouvert ce canal.

Le résultat a été remarquable. Selon les données du cabinet de conseil Kpler, le Venezuela est devenu en avril et mai le quatrième fournisseur de pétrole de l'Inde, derrière la Russie, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite. Les importations indiennes de pétrole brut vénézuélien ont atteint 319 200 barils par jour jusqu'à présent en mai, soit 13,9 % de plus que le mois précédent. Le gouvernement indien a indiqué pour sa part que le Venezuela occupe déjà la troisième place dans ses achats spécifiques.
Ce changement répond en grande partie à la crise énergétique découlant de la guerre au Moyen-Orient. Depuis le blocus de facto du détroit d’Ormuz, l’Inde, qui importe près de 90 % du pétrole qu’elle consomme, cherche en urgence à diversifier ses sources d’approvisionnement. Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves prouvées d’hydrocarbures au monde, est apparu comme une alternative pratique, également promue par la Maison Blanche elle-même : Trump avait annoncé en février un accord avec le Premier ministre Modi pour que New Delhi acquière du brut vénézuélien au lieu du brut iranien.
La visite en Inde comprenait une rencontre avec l'ambassadeur des États-Unis dans ce pays, Sergio Gor, présentée comme une continuation des groupes de travail entre Caracas et Washington ouverts depuis l'arrivée au pouvoir de Rodríguez. L’image du président en charge d’un régime chaviste rencontrant un représentant du gouvernement Trump résume la particularité de ce moment : c’est l’administration américaine elle-même qui, en assouplissant les sanctions, a permis le retour du pétrole vénézuélien sur les marchés asiatiques.
Les relations entre le Venezuela et la Turquie suivent une trajectoire énergétique consolidée. Rodríguez avait déjà rencontré Bayraktar en février, alors qu'elle était encore ministre des Hydrocarbures, pour faire avancer des projets pétroliers, gaziers et miniers communs. Les deux pays ont signé des accords dans les secteurs de la pétrochimie et du gaz en 2024, et Ankara s'est alors fixé pour objectif de porter les échanges bilatéraux à 3 milliards de dollars. La nouvelle visite, désormais en tant que chef de l’État, élève le rang politique de cette relation.
La tournée en Inde et en Turquie décrit une stratégie de diversification des marchés à un moment où Caracas négocie simultanément avec Washington les conditions d’une normalisation progressive. Le pétrole continue d’être le levier qui ouvre les portes diplomatiques que la politique maintient entrouvertes.