Ce lundi, la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a ordonné au régime vénézuélien de libérer immédiatement les frères Juan Bautista Guevara, Rolando Guevara Pérez et Otoniel Guevara Pérez, anciens policiers condamnés en 2006 pour le meurtre du procureur Danilo Anderson.
Le tribunal a déterminé que la procédure pénale était entachée de graves irrégularités, notamment de disparitions forcées et de torture, et constituait une « chose jugée frauduleuse ».
Dans son arrêt, notifié ce lundi aux parties, la Cour a ordonné que le Venezuela « libère immédiatement » les trois condamnés et que, dans un délai maximum de six mois, adopte toutes les mesures internes nécessaires pour « annuler les conséquences de toute nature » dérivées de la procédure pénale. La décision comprend l'annulation de la peine et l'élimination des casiers judiciaires et policiers associés à l'affaire.
Le jugement maintient que le procès manquait de validité juridique. Selon le tribunal, il y avait une « nullité évidente de la procédure » en raison de « graves vices de procédure » et de l’intervention irrégulière des autorités de l’État. Rolando et Otoniel Guevara ont été condamnés à 27 ans de prison pour homicide qualifié, tandis que Juan Bautista Guevara a été condamné à 30 ans de prison pour le même crime et pour possession illégale d'armes.

La CIDH a reconstitué les événements survenus lors de l’enquête initiale. Il a été établi que des agents du régime avaient arrêté les frères entre le 20 et le 23 novembre 2004 et qu'après les arrestations, les autorités avaient démenti toute information sur le lieu où ils se trouvaient. Juan Bautista Guevara est resté porté disparu pendant huit jours, tandis que Rolando et Otoniel ont disparu pendant trois jours. Pour le tribunal, ces épisodes répondent aux éléments qui définissent une disparition forcée, quelle que soit leur durée ou leur issue.
Durant cette période, la Cour a confirmé que les détenus avaient été soumis à des tortures physiques et psychologiques. La sentence décrit des pratiques telles que le fait d'être attaché pendant des heures, des coups, l'étouffement avec des sacs en plastique, des décharges électriques et des menaces contre des membres de la famille. Ces faits, a conclu le tribunal, constituent de graves violations de l'intégrité personnelle et de l'interdiction absolue de la torture.
En outre, le jugement révèle des violations du droit à la défense, de la présomption d'innocence et de recevoir des décisions dûment motivées. La Cour a déterminé qu'au cours du processus, de faux témoins avaient été présentés et payés et qu'il y avait eu une manipulation de l'affaire par le bureau du procureur et les organes judiciaires, ce qui avait eu une incidence décisive sur l'issue du procès.

À titre de mesures de réparation, la CIDH a ordonné la libération immédiate des trois anciens responsables, l'annulation complète de la condamnation et la suppression de tout précédent lié à l'affaire.
La décision réaffirme les normes interaméricaines en matière de procédure régulière et l'obligation des États d'enquêter et de punir les violations graves des droits de l'homme, même lorsque celles-ci se produisent dans le cadre d'enquêtes à fort impact public.