La Cour suprême du Brésil a accordé mardi une assignation à résidence temporaire à l'ancien président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour avoir dirigé un complot de coup d'État et actuellement hospitalisé pour une pneumonie bactérienne. Le juge Alexandre de Moraes, rapporteur du dossier devant le Tribunal suprême fédéral (STF), a en partie accepté le recours présenté par les avocats de l'ancien président et a soutenu en partie les critères du parquet général, qui a statué lundi pour la première fois en faveur du régime du domicile, estimant que l'ancien dirigeant a besoin de soins constants que le milieu familial peut mieux fournir que le système carcéral.
Cette décision représente un tournant notable dans un processus marqué par des rejets systématiques. Depuis l’entrée en prison de Bolsonaro en novembre 2025, ses avocats ont présenté de multiples demandes d’assignation à résidence au STF pour raisons humanitaires ; tous ont été refusés. Le tribunal lui-même en a rejeté une le 5 mars, à l'unanimité de la Première Chambre. A cette occasion, Moraes a cité comme obstacle une tentative antérieure de manipulation du bracelet électronique que l'ancien président était censé porter, un épisode que le magistrat a qualifié de tentative flagrante d'évasion.
Ce qui a changé cette fois-ci, c'est l'intervention du procureur général Paulo Gonet, qui a envoyé lundi un rapport au STF en faveur de l'assignation à résidence humanitaire pour raisons de santé. Le Bureau du Procureur général a soutenu qu'il était nécessaire de garantir un suivi médical permanent de l'ancien dirigeant, qui est exposé à des altérations soudaines et imprévisibles qui nécessitent des soins continus. C'est Moraes lui-même qui avait demandé cet avis avant de statuer.

Ses problèmes de santé remontent à l'attaque au couteau qu'il a subie en septembre 2018 lors d'un événement de campagne à Juiz de Fora, dans l'État du Minas Gerais. La blessure abdominale a laissé des conséquences digestives permanentes qui ont conduit à des crises récurrentes de hoquet, de vertiges et de vomissements, qui se sont sensiblement aggravées ces derniers mois. Selon son équipe médicale, c'est cette maladie chronique qui serait à l'origine de l'actuelle pneumonie par bronchoaspiration.
Le STF a condamné Bolsonaro le 11 septembre 2025 à 27 ans et trois mois de prison pour cinq crimes contre la démocratie, dont tentative de coup d'État et direction d'une organisation criminelle armée. Tel qu'établi par le tribunal, le plan prévoyait l'assassinat du président Luiz Inácio Lula da Silva, du vice-président Geraldo Alckmin et de Moraes lui-même. Bolsonaro a toujours nié tout acte répréhensible.
L'hospitalisation et la décision de ce mardi surviennent dans un moment de forte tension politique, alors que le cycle électoral de 2026 est déjà ouvert au Brésil. Une fois le processus judiciaire terminé et sans possibilité de nouvelles ressources substantielles, la seule voie alternative qui maintient ouverte l'entourage de l'ancien président est l'approbation au Congrès d'une loi d'amnistie pour les personnes reconnues coupables des événements du 8 janvier 2023, lorsque les partisans de Bolsonaro sont entrés par effraction et ont causé de graves dommages au Congrès, au Palais présidentiel et au STF lui-même à Brasilia. Cette initiative reste au débat parlementaire sans date de vote, tandis que le leader d'extrême droite attend dans un hôpital le début du compte à rebours que le tribunal a fixé à quatre-vingt-dix jours.