La Cour suprême du Brésil a ordonné au gouverneur de Rio de Janeiro de fournir des explications sur l'opération policière la plus meurtrière de son histoire.

Le juge Alexandre de Moraes, juge à la Cour suprême fédérale (STF) du Brésil, a ordonné ce mercredi que le gouverneur de Rio de Janeiro, Cláudio Castro, comparaisse le 3 novembre pour fournir des explications sur la récente opération policière dirigée contre l'une des principales organisations criminelles du pays, le Commandement rouge.

L'intervention de la police, réalisée dans les quartiers pauvres d'Alemão et Penha, a fait entre 119 et 132 morts, selon différentes sources, devenant ainsi le raid le plus meurtrier enregistré dans l'histoire récente du Brésil. Le bilan des événements, ainsi que la réponse institutionnelle et sociale, ont suscité de vives inquiétudes tant au niveau national qu'international quant au recours à la force, au respect des droits de l'homme et à la transparence des procédures appliquées.

L'audience, qui aura lieu à Rio de Janeiro, devait analyser les détails de la soi-disant « Opération Confinement », y compris le niveau de force utilisé, le nombre de soldats impliqués, le rapport détaillé des victimes, ainsi que les mesures adoptées pour aider ceux qui ont été touchés, comme détaillé Agence Brésil.

Cette exigence fait partie d'une décision antérieure du STF, qui a établi des règles strictes pour les descentes de police dans les favelas, dans le but de prévenir les violations des droits de l'homme lors d'opérations de ce type. Le STF cherche à déterminer exactement si le gouvernement de l’État a respecté les protocoles et si l’intervention a respecté les directives émises par le tribunal.

Image d'archive du gouverneur

Tout au long de la journée, le Bureau du Défenseur public de Rio de Janeiro a dénombré au moins 132 morts suite à cette opération à grande échelle, un chiffre qui inclut des civils et, parmi eux, quatre policiers. En revanche, la Police d'État maintient son estimation de 119 décès et fait état de 113 personnes interpellées, dont 10 adolescents. 91 fusils et une quantité non précisée de drogue ont également été confisqués, selon les déclarations du gouverneur Castro. Jusqu’à présent, ni la quantité ni le type de substances saisies n’ont été officiellement précisés.

Selon le juge De Moraes, la demande de précisions porte tant sur le nombre officiel de morts et de blessés que sur les procédures déployées lors du raid et l'assistance apportée aux victimes. La décision du STF s'aligne sur les préoccupations croissantes quant au respect des normes internationales en matière de droits de l'homme.

Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a transmis par la voix de son porte-parole, Stéphane Dujarric, sa « profonde préoccupation face au nombre élevé de morts survenus hier lors de l'opération de police dans les favelas » et a rappelé que « le recours à la force dans les opérations de police doit être conforme au droit international des droits de l'homme et aux normes internationales ». Il a en outre exhorté les autorités brésiliennes à ouvrir immédiatement une enquête sur ce qui s'est passé.

Cette opération a dépassé le record de létalité établi par le massacre de Carandiru en 1992, au cours duquel il y avait eu 111 morts. Les interventions les plus violentes dans les favelas de Rio de Janeiro ont eu lieu en 2021 et 2022, dans les communautés de Jacarezinho et Vila Cruzeiro, avec respectivement 28 et 25 morts ; tout cela sous l’administration Castro.

Les voisins alignaient les cadavres dans le

L'objectif principal de la récente opération était d'affaiblir le Commandement Rouge, un groupe criminel qui s'est considérablement développé au cours de la dernière décennie et dont l'influence a déplacé les milices parapolicières dans les territoires de la ville, selon des sources officielles. Les forces de sécurité sont entrées dans les favelas d’Alemão et de Penha – considérées comme des fiefs du groupe – pour procéder à des arrestations et démanteler les infrastructures criminelles. Parmi les personnes arrêtées, les médias locaux suggèrent que l'un d'entre eux serait Thiago « Belão » do Nascimento Mendes, identifié comme un proche collaborateur de « Doca » Alves de Andrade, présumé chef régional du Commandement rouge, même si ce dernier a réussi à s'échapper.

Cependant, la majorité des personnes tuées et détenues restent à identifier, ce qui rend impossible de savoir dans quelle mesure l'organisation a subi des dommages au niveau de sa structure hiérarchique. L'opacité dans la divulgation des identités a fait l'objet d'interrogations de la part de la société civile et des organisations de défense des droits de l'homme, qui ont également dénoncé l'existence présumée d'« exécutions » très sommaires lors de l'intervention.

Le ministre de la Justice du Brésil, Ricardo Lewandowski, a mis en doute la légalité de l'action de la police et a déclaré que le président Luiz Inácio Lula da Silva était « terrifié » par le nombre élevé de victimes et « surpris » par l'absence de communication préalable sur l'opération, menée entièrement sous l'orbite du gouvernement de l'État dirigé par Castro, allié de l'ancien président Jair Bolsonaro. Lewandowski a réitéré que l’administration fédérale n’a été informée qu’après les événements.

L'inquiétude face à d'éventuelles explosions de violence demeure au sein de la population de Rio de Janeiro en attendant l'ouverture de l'information judiciaire et la définition éventuelle des responsabilités. Les voisins des communautés touchées et le parquet brésilien exigent une plus grande transparence pour clarifier si le déploiement de la police était conforme aux réglementations nationales et internationales. La crise met en lumière le conflit entre la sécurité des citoyens et les limites juridiques des interventions de l'État, avec des répercussions qui touchent à la fois les droits fondamentaux et les politiques de sécurité publique au Brésil.