La justice de l'Équateur a convoqué l'ancien président Lenín Moreno et plusieurs proches collaborateurs à un procès pour corruption dans l'affaire Sinohydro.

La Cour nationale de justice (CNJ) a rendu une ordonnance demandant le jugement de l'ancien président Lenín Moreno, de son épouse Rocío González, de sa fille Irina Moreno et de plusieurs membres de son entourage, dans le cadre de l'affaire dite Sinohydro. Les accusations font état d'un prétendu délit de corruption lié à l'attribution du contrat de construction de la centrale hydroélectrique Coca Codo Sinclair à la société chinoise Sinohydro.

Outre l'ancien président et sa famille, le juge a convoqué au procès l'ancien ambassadeur de Chine en Équateur, Cai Runguo, que le parquet identifie comme l'un des auteurs directs du stratagème de corruption présumé. Runguo, qui a représenté Sinohydro lors des étapes clés de négociation du contrat de la centrale hydroélectrique Coca Codo Sinclair, aurait servi de lien entre la société d'État chinoise et les responsables équatoriens.

Selon les éléments présentés à l'audience, son rôle a été décisif pour faciliter l'attribution du projet et pour coordonner le flux de paiements illicites qui, selon le parquet, étaient dirigés vers les familles Moreno et Patiño. Le juge a ordonné l'émission d'une notice rouge d'Interpol pour le localiser à l'étranger, puisqu'il ne réside pas dans le pays.

ARCHIVE - Le président équatorien

L'appel à procès a été lancé par le juge Olavo Hernández, après une procédure au cours de laquelle le parquet a considéré qu'il y avait suffisamment d'éléments pour présumer que Moreno – répertorié comme auteur direct – et sa famille ont bénéficié de pots-de-vin comme condition pour favoriser Sinohydro dans le contrat. On estime que le montant des pots-de-vin destinés à l'entourage de Moreno dépasse le million de dollars.

La construction de la centrale hydroélectrique Coca Codo Sinclair a débuté dans les années 2000, sous le gouvernement de Rafael Correa, avec la participation de Sinohydro. Le contrat, qui à l'époque était présenté comme un ouvrage stratégique pour la production d'électricité du pays, est aujourd'hui à l'ombre de l'un des scandales de corruption les plus retentissants de ces dernières décennies. L’accusation indique qu’entre 2009 et 2018, environ 76 millions de dollars de pots-de-vin ont été versés à des personnes liées à l’attribution des travaux.

Selon le bureau du procureur, une partie de ces fonds est parvenue directement à l'entourage de Moreno, qui a été vice-président puis président, par l'intermédiaire d'intermédiaires tels que l'homme d'affaires Conto Patiño, lobbyiste de Sinohydro. En échange, l'entreprise aurait reçu un contrat lui permettant de réaliser la centrale hydroélectrique. Dans son accusation, le ministère public a identifié des virements bancaires, des chèques et d'autres documents qui, selon sa thèse, prouvent l'envoi de paiements irréguliers.

Rafael Correa avec Lénine

Parmi les personnes appelées à être jugées figurent également d'anciens responsables, des amis proches et d'autres intermédiaires, certains identifiés comme complices, élargissant ainsi l'enquête au-delà du noyau familial de Moreno.

L'appel à procès officialise la phase du procès : les preuves recueillies par le parquet doivent être à nouveau présentées devant le tribunal, et les accusés auront la possibilité de présenter leur défense. Selon les analystes criminels, dans le cas de Moreno, en tant qu'auteur direct présumé du crime, la procédure se déroulera devant un tribunal du Tribunal National.

Capture extraite du compte

La décision a suscité un émoi politique notable. Parmi les voix de l’opposition, des secteurs citoyens et de la sphère médiatique, certaines célèbrent le déroulement du procès comme le signe que la justice avance enfin. De leur côté, certains proches de Moreno défendent son innocence et qualifient le processus de « persécution politique ».

Ce tournant dans l’affaire Sinohydro – qui tient sous contrôle à la fois les anciens fonctionnaires et les hommes d’affaires – montre clairement que l’Équateur se trouve à un moment clé dans sa lutte contre la corruption. Le procès contre ceux qui occupaient jusqu’à récemment les plus hautes fonctions de l’État apparaît comme une étape importante, non seulement en raison de son ampleur économique, mais aussi en raison des implications politiques et judiciaires qu’il implique. La communauté nationale et internationale restera attentive pendant que se dérouleront les prochaines étapes du processus.