Le Conseil de sécurité de l'ONU a prolongé le mandat de son bureau en Haïti face à la montée des violences

Le Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU) a prolongé à l'unanimité pour un an le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (Binuh), dans un contexte où la violence des gangs armés et la détérioration institutionnelle dominent la situation locale.

Le nouveau mandat, rédigé par le Panama et les États-Unis, vise à renforcer le travail du bureau dans un scénario politique et sécuritaire que les autorités qualifient de complexe.

Le représentant panaméen Ricardo Moscoso a souligné que le texte cherche à équilibrer le soutien au processus politique et électoral avec le soutien au système judiciaire. En ce sens, il a expliqué que la prolongation du mandat renforcera « le désarmement des gangs et leur réintégration, ainsi que la protection des droits de l’homme ».

Pour sa part, la représentante américaine Jennifer Locetta a souligné que la priorité est de stopper les bandes armées « avec un leadership fort et le soutien du peuple haïtien ». En outre, il a souligné l'importance d'aider les autorités du pays des Caraïbes à organiser des élections permettant une « représentation inclusive ».

Le Conseil a rappelé que le mandat du Conseil Présidentiel de Transition (TPC) expire le 7 février. Avant cette date, les acteurs politiques haïtiens doivent parvenir à un accord ou organiser des élections pour éviter un vide du pouvoir qui aggraverait la crise sécuritaire.

Des soldats haïtiens gardent l'extérieur

Lors de la séance, Ericq Pierre, représentant d'Haïti auprès de l'ONU, a déclaré que la réduction de la violence doit avancer « progressivement » et a souligné l'urgence de « protéger la population, restaurer l'État de droit et créer les conditions d'une stabilité institutionnelle par le dialogue ».

Le renouvellement du mandat intervient à un moment critique, avec des gangs armés contrôlant de vastes zones d'Haïti, l'effondrement des services de base et une impasse politique suite à l'assassinat du Président Jovenel Moïse en 2021. Le Conseil a réitéré que le Binuh, étant une mission politique sans composante militaire, se limite à la médiation politique, à la défense des droits de l'homme et à la coordination de la réponse internationale.

Face à l'aggravation de l'insécurité, le Conseil a approuvé en septembre 2025 la création de la Force de répression des gangs (GSF), une opération multinationale visant à lutter contre le crime organisé et à soutenir la Police nationale d'Haïti (PNH). Le GSF remplacera la précédente Mission multinationale de sécurité (MSS), déployée en 2024, qui n'a pas réussi à stopper l'avancée des gangs armés sur les ports, les routes et les quartiers de Port-au-Prince.

Selon l'ONU, le travail du Binuh et le déploiement du GSF seront complémentaires, même si chacun répond à un mandat différent. Les premiers contingents de la force multinationale devraient arriver en Haïti en avril et le déploiement complet, avec jusqu'à 5 500 soldats provenant d'au moins 18 pays, aura lieu en octobre.

Des voitures incendiées bloquent une rue,

La crise sociale s'est aggravée au fil des années en Haïti : l'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) a averti que les violences sexuelles et de genre sont « systématiquement utilisées pour terroriser la population, avec un impact disproportionné sur les femmes et les filles ».

Le document, intitulé « Violences sexuelles et de genre à Port-au-Prince », rassemble une décennie de témoignages recueillis à la clinique « Pran Men'm », gérée par MSF dans la capitale haïtienne. L’organisation rapporte que dans ce centre, ouvert en 2015, le nombre de personnes soignées pour violences sexuelles et sexistes (SGBV) a triplé depuis 2022.

Le rapport souligne que les femmes et les filles de tous âges sont victimes de ce type de violence et qu'un groupe croissant de survivantes sont contraintes de quitter leur domicile, augmentant ainsi leur exposition à de nouveaux épisodes de violence.