Le régime vénézuélien a libéré 30 autres prisonniers politiques après l'approbation de la loi d'amnistie

Les proches des personnes détenues pour des raisons politiques ont célébré leur libération aux portes de la prison Rodeo I

Au moins trente prisonniers politiques ont été libérés ce lundi de la prison Rodeo I, dans la banlieue de Caracas, dans le cadre de la loi d'amnistie adoptée la semaine dernière, dans un processus qui marque les premières libérations complètes dans le cadre des nouvelles réglementations promues par le régime de Delcy Rodríguez.

Les prisonniers libérés ont été accueillis avec des applaudissements et des cris de joie par les membres de leur famille et leurs amis qui se trouvaient aux portes de la prison, après des mois d'attente et d'incertitude.

« Nous sommes libres ! » se sont exclamés plusieurs des libérés lorsqu'ils ont retrouvé leurs proches. La majorité portait des chemises blanches et le crâne rasé, une image devenue récurrente dans ce type de processus au Venezuela.

La loi, approuvée jeudi par le Parlement, couvre les crimes politiques commis au cours des 27 années du régime chaviste et a été présentée par Rodríguez comme une étape vers « un Venezuela plus démocratique, plus juste et plus libre ».

Parmi les personnes libérées figure Luis Viera, qui est resté détenu pendant un an et un mois.

« Nous sommes totalement libres, sans aucune sorte de régiment que nous devons présenter nous-mêmes », a-t-il expliqué à sa sortie de prison. Viera a exprimé son désir de suivre la situation du pays et de consacrer du temps à sa famille.

Un autre libéré, Javier Rivas, un cadet accusé de « complot putschiste », a déclaré avoir été victime de torture et de mauvais traitements pendant sa détention.

« Ils m'accusent de propos qui ne sont pas valables, mais me voilà en vie », a-t-il déclaré après avoir recouvré sa liberté.

Le président du Parlement, Jorge Rodríguez, a annoncé ce week-end que 1 500 personnes ont demandé l'amnistie et que 11 000 autres personnes en liberté conditionnelle pourront accéder à une liberté totale grâce à la nouvelle législation.

Toutefois, des organisations comme le Comité pour la liberté des prisonniers politiques (Clipp) préviennent que le processus avance lentement et que des centaines de détenus, notamment des militaires accusés d'activités considérées comme « terroristes », pourraient être exclus de cette aide.

Les étudiants vénézuéliens ont exigé que

L'application de la loi d'amnistie a suscité des attentes et une mobilisation parmi les proches des prisonniers politiques. Depuis vendredi, date à laquelle le protocole pour l'application rapide de la loi a été publié, des dizaines de proches se sont adressés au tribunal pour initier des demandes de libération.

Cependant, selon la militante Andreína Baduel, la majorité des détenus ne bénéficient pas d'une défense privée mais d'avocats publics commis d'office par l'État, ce qui a ralenti le processus et rendu difficile l'obtention de conseils juridiques adéquats.

Le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP) a signalé que certains tribunaux spécialisés dans le terrorisme ont refusé de recevoir des demandes de licenciement, même si la loi autorise les victimes à déposer des demandes de classement de leur dossier. Cette situation suscite l'inquiétude des organisations de défense des droits de l'homme, qui exigent transparence et rapidité pour garantir l'accès aux bénéfices de l'amnistie.

Un véhicule de la Croix

Le protocole d'application de la loi, approuvé lors d'une réunion entre le ministère public, la Cour suprême de justice et la commission spéciale de suivi, vise à accélérer les procédures et à garantir que les organes judiciaires agissent de manière rapide et efficace.

Le procureur général imposé par Nicolás Maduro, Tarek William Saab, a assuré que le mécanisme « garantira que tous les organes de l'administration judiciaire exécutent rapidement et efficacement l'application des avantages pour les personnes liées aux faits établis » par la loi.

Lundi matin, l'organisation du Forum pénal avait dénombré 65 libérations en vertu de la nouvelle réglementation, même si les experts préviennent que la portée de la loi pourrait être limitée. La crainte que des centaines de cas, notamment ceux de militaires et de personnes accusées de terrorisme, soient exclus de l'amnistie persiste parmi les proches et les défenseurs.

Pendant ce temps, aux abords de Rodeo I et d’autres centres pénitentiaires, les veillées et les célébrations de ceux qui attendent la libération d’autres détenus se poursuivent, dans un processus que la société vénézuélienne suit avec attention et espoir, mais aussi avec prudence face aux restrictions et aux défis qui persistent dans l’application de la loi.