Quelques jours après que le gouvernement a annoncé augmentation du salaire de base unifié à 482 USD d’ici 2026les données du marché du travail montrent un écart marqué entre le revenu minimum légal et les attentes salariales des travailleurs. D'après le plus récent Indice du marché du travail multi-emploisEn novembre 2025, les Équatoriens aspiraient à gagner en moyenne 864 dollars par mois, un chiffre qui contraste avec l'augmentation de 12 dollars convenue lors de la table tripartite entre le gouvernement, les employeurs et les travailleurs.
La comparaison est significative. Avec l’ajustement approuvé par le Conseil national du travail et des salaires, le SBU passera de 470 dollars à 482 dollars, soit une augmentation nominale de 12 dollars. Comparé à un salaire ambitieux moyen de 864 dollars, le salaire de base couvre un peu plus de la moitié de ce que les travailleurs considèrent comme un revenu adéquat. Même avec cette augmentation, la différence dépasse 380 USD par mois, ce qui révèle un écart persistant entre le plancher légal et les attentes du marché.
Le rapport Multijobs permet de ventiler ces aspirations salariales par niveaux d'expérience. Dans les rôles de patron ou de superviseur, le salaire moyen requis atteint 1 335 dollars, avec une croissance mensuelle de 2,82 %. Pour les postes semi-supérieurs et supérieurs, la réclamation s'élevait à 879 dollars, tandis qu'au niveau junior, elle atteignait 558 dollars, un chiffre qui, bien que le plus bas, reste supérieur au salaire de base actuel et au nouveau SBU convenu pour 2026.

Cette différence devient pertinente dans le contexte du débat politique et social sur le revenu. En 2025, des leaders sociaux comme Marlon Vargas, président de la CONAIE, ont proposé un salaire minimum « ambitieux » de 650 dollars, en réponse à l’augmentation du coût de la vie et aux décisions gouvernementales telles que la réduction des subventions aux carburants. Même si cette proposition n'a pas abouti à la table tripartite, son ampleur est plus proche des attentes salariales du segment junior que du salaire de base finalement convenu.
Le contraste entre attentes et réalité s’observe également par secteurs. L'étude indique que la technologie et les systèmes concentrent les salaires souhaités les plus élevés, tant aux niveaux juniors que seniors, tandis que des domaines tels que les services, la maintenance et le nettoyage ou la gastronomie enregistrent les demandes les plus faibles. Pourtant, même dans ces secteurs, les attentes en matière de salaire minimum ont tendance à s’aligner davantage sur le salaire ambitieux que sur celui du SBU.
Un autre élément qui traverse le débat est l’écart entre les sexes. En novembre 2025, le salaire moyen demandé par les hommes était de 874 USD, contre 839 USD pour les femmes, soit une différence de 4,24 %. Comme le niveau de anciennetéla participation des femmes diminue, ce qui affecte directement les attentes salariales et l’accès à de meilleurs revenus.
Du côté du gouvernement, l'augmentation de 12 dollars du salaire de base a été présentée comme un résultat de consensus et comme un signe de stabilité économique. Toutefois, les données du marché du travail suggèrent que cette augmentation a un impact limité sur les besoins et attentes réels des travailleurs, en particulier dans un contexte d'inflation accumulée et de hausse du coût de la vie.
Ainsi, alors que le salaire de base fixe un plancher légal qui s’appliquera à partir de janvier 2026, le salaire ambitieux révèle une tension structurelle : les Équatoriens recherchent des revenus nettement supérieurs à ceux garantis par le minimum légal. La distance entre les deux indicateurs résume l'un des défis centraux du marché du travail équatorien : combler l'écart entre le salaire versé, le salaire nécessaire et le salaire attendu pour vivre avec une plus grande stabilité.