L’augmentation des tensions électorales au Honduras a coïncidé avec une escalade du harcèlement et des menaces contre les journalistes et les médias, qui a suscité une inquiétude internationale sans précédent.
Diverses organisations de défense de la liberté d'expression et des droits de l'homme, dirigées par l'Association interaméricaine de la presse (IAPA), ont dénoncé le fait que le climat actuel est incompatible avec les normes internationales de liberté de la presse et met en danger l'intégrité du processus démocratique hondurien.
Dans les semaines qui ont précédé les élections générales du 30 novembre, un environnement hostile au journalisme indépendant s'est consolidé.
Les récentes déclarations de hauts responsables des forces armées honduriennes ont intensifié les inquiétudes : ces responsables ont publiquement accusé les médias et les journalistes d’avoir mené de prétendues « campagnes médiatiques déguisées en couverture journalistique » contre l’institution militaire.
En outre, ils ont fait allusion à l'existence d'un « réseau où les acteurs publics et privés sont confondus avec les structures du crime organisé » dans le contexte électoral, ce qui constitue un acte de stigmatisation visant à discréditer le travail journalistique.
Tout au long de l’année, des épisodes ont renforcé ce schéma d’intimidation. En février, de hauts commandants militaires ont annoncé leur intention d'engager des poursuites judiciaires contre au moins douze médias honduriens afin de les forcer à révéler leurs sources d'information. En mai, les médias officiels des Forces armées ont qualifié les journalistes de « tueurs à gages de la vérité », une expression qui, selon l'IAPA et les organisations signataires, renforce l'intimidation institutionnelle et contredit les obligations internationales de l'État en matière de liberté d'expression.
Le média numérique Criterio.hn a signalé une intensification des attaques contre eux, parmi lesquelles l'intervention de leurs comptes sur les réseaux sociaux, la disqualification publique de leur travail d'enquête et un processus d'acharnement judiciaire promu par le ministère public.
Ce dernier a demandé la divulgation des sources utilisées dans les reportages sur les liens présumés de personnalités publiques avec des réseaux de trafic de drogue et de corruption, ce qui représente une menace directe pour le secret professionnel et la confidentialité des sources journalistiques.

La Mission internationale pour la liberté d'expression au Honduras, composée d'organisations telles que Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Article 19, Free Press Unlimited, IFEX-LAC, la Fondation pour la liberté de la presse (FLIP) et PEN International, entre autres, a récemment documenté « une tendance à la surveillance, à l'intimidation et au harcèlement de la part des secteurs étatique et militaire », ainsi que le « manque de garanties pour le libre exercice du journalisme dans le cadre des élections ».
L'IAPA et les organisations signataires ont catégoriquement rejeté les déclarations du général Roosevelt Hernández et toute tentative de criminaliser, d'intimider ou de discréditer la presse indépendante.
Ils ont rappelé que les forces armées doivent agir dans le cadre constitutionnel, subordonnées au pouvoir civil, et s'abstenir de publier des déclarations politiques ou disqualifiantes contre les journalistes ou les médias. Le Conseil national électoral (CNE) avait déjà ordonné au général Hernández de ne pas s'exprimer sur des questions politiques ou électorales, soulignant que l'institution militaire doit agir sous la coordination du corps électoral pour éviter toute ingérence ou interprétation politique inappropriée.
Les organisations ont réitéré que « la liberté de la presse n’est pas un privilège, mais un droit fondamental » et que l’utilisation du discours officiel pour délégitimer ou isoler des journalistes constitue une violation directe des obligations internationales assumées par l’État hondurien en vertu de la Convention américaine relative aux droits de l’homme et de la jurisprudence de la Cour interaméricaine des droits de l’homme.
Face à la gravité de la situation, la Mission internationale et les organisations signataires ont formulé une série de recommandations concrètes aux autorités honduriennes.
Parmi eux, ils soulignent la nécessité de garantir la liberté de la presse et l'accès à l'information, en garantissant que tous les médias puissent couvrir les élections et les questions d'intérêt public sans restrictions, censure ou représailles. Ils ont également exigé le respect des normes nationales et internationales protégeant le secret professionnel et la confidentialité des sources.
Une autre recommandation clé est que les hauts commandants militaires s'abstiennent de faire des déclarations ou des publications qui discréditent ou mettent les journalistes en danger, en gardant à l'esprit leur obligation de neutralité politique et de respect de la liberté d'expression, conformément aux principes démocratiques et à la Constitution.
En outre, il a été demandé d'ouvrir des enquêtes indépendantes et transparentes sur les attaques verbales et numériques contre des journalistes, les campagnes de diffamation et le harcèlement judiciaire, ainsi que de sanctionner administrativement et pénalement les fonctionnaires ou agents responsables de menaces, d'espionnage ou de harcèlement.
Les organisations ont souligné l'importance de renforcer les mécanismes de protection des journalistes, en dotant le Système national de protection des défenseurs des droits de l'homme, des journalistes, des communicateurs sociaux et des opérateurs judiciaires de ressources adéquates, d'autonomie et de capacité de réponse immédiate. Ils ont proposé l'adoption de protocoles d'alerte précoce et de réponse urgente en cas de menaces pendant le processus électoral.

En termes de transparence et de dialogue, il a été recommandé d'établir un canal formel entre le Gouvernement, le CNE, le Ministère Public et les organismes de presse pour faire face aux risques spécifiques et coordonner les mesures de prévention. Il a également été demandé de garantir que les institutions publiques assurent un accès équitable à l'information, en évitant les blocages, la discrimination ou l'exclusion arbitraire des médias critiques.
Enfin, les organisations ont appelé la communauté internationale, exhortant les missions d'observation électorale, l'Organisation des États américains, le système des Nations Unies, l'Union européenne et la communauté diplomatique à inclure dans leurs rapports un suivi spécifique de la situation de la liberté de la presse et de la sécurité des journalistes pendant et après le processus électoral.
A la veille d'élections qui mettront à l'épreuve la force institutionnelle du Honduras, la liberté de la presse est présentée comme la garantie essentielle de la démocratie dans le pays. La disqualification, l'intimidation ou la surveillance des journalistes n'affectent pas seulement les médias, mais représentent une menace directe pour le droit des citoyens à être informés.
L'IAPA et les organisations signataires ont annoncé qu'elles maintiendraient une observation et un contrôle permanents, avec l'engagement de continuer à apporter leur soutien et leur accompagnement aux journalistes et aux médias honduriens qui défendent le droit à la vérité et à la liberté d'expression.
Parmi les entités qui souscrivent à cette déclaration figurent Alianza de Medios MX, ARTICLE 19 Mexique et Amérique centrale, Association colombienne des médias d'information (AMI), Association des entités journalistiques argentines (ADEPA), Association des médias du Honduras (AM), Association mondiale des rédacteurs en chef (WAN-IFRA), Association nationale de la presse (ANP) Bolivie, Association nationale de la presse (ANP) Chili, Associação Nacional de Jornais (ANJ), Association des journalistes du Salvador (APES), Association pour la démocratie. et droits de l'homme (ASOPODEHU), Comité C-Libre pour la liberté d'expression, Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Conseil péruvien de la presse (CPP), Forum argentin du journalisme (FOPEA), Free Press Unlimited (FPU), Fondation pour la liberté de la presse (FLIP), Fondation pour la liberté d'expression et la démocratie (FLED), Fundamedios, Institut cubain pour la liberté d'expression et de la presse (ICLEP), Institut de la presse et de la liberté d'expression (IPLEX), Institut de la presse et de la société (IPYS), Presse et société du Venezuela (IPYS Venezuela), Institut international de la presse (IPI), PEN International, Centre pour la liberté de la presse du Club national de la presse, Reporters sans frontières (RSF), Société interaméricaine de la presse (SIP) et Voces del Sur.