La Défense Publique met en garde contre les risques liés à la réforme de l'article 36 de la Constitution du Costa Rica

La Défense publique et d'éminents avocats pénalistes ont exprimé cette semaine leur inquiétude quant à l'avancée du projet de loi visant à réformer l'article 36 de la Constitution politique du Costa Rica. La modification, qui exigerait le témoignage des membres de la famille dans les cas de crimes sexuels ou de violences contre des mineurs, mettrait en péril les garanties fondamentales d'une procédure régulière et du droit à la défense, selon les spécialistes cités par les Costaricains.

Le débat à l’Assemblée Législative a gagné en pertinence après l’approbation en plénière du dossier 23.729 en janvier dernier, qui admettait la réforme constitutionnelle intitulée « Politique visant à limiter le droit de s’abstenir de témoigner lors de crimes commis par des membres de la famille contre des mineurs et d’autres victimes de violence domestique et de genre ». Des médias comme El Observador ont rapporté que l'initiative, présentée par la députée Carolina Delgado, du Parti de libération nationale, poursuivrait son chemin vers une commission législative chargée d'analyser le texte et de recommander son approbation ou son rejet.

Après la formation de la commission, le professeur Mayra Campos, experte de l'Université du Costa Rica (UCR), a comparu devant les législateurs cette semaine pour fournir une contribution technique sur les effets possibles de la réforme. Selon la transmission officielle de l'Assemblée législative, le spécialiste a souligné l'importance d'évaluer l'impact juridique et social de la proposition avant de modifier les droits inscrits dans la Constitution. Il a déclaré que tout changement doit être basé sur des études rigoureuses et une discussion ouverte avec des spécialistes du droit pénal, de la psychologie et de la protection de l'enfance. La vidéo complète de son intervention est disponible sur la chaîne institutionnelle de l'Assemblée législative.

De son côté, la Défense publique a souligné qu'une réforme de cette ampleur «nécessite des études d'impact, des consultations avec des spécialistes et des discussions transparentes, afin d'éviter des revers dans les garanties consolidées dans le système juridique costaricien», selon CRprensa.com. Les experts criminels consultés ont averti que l'amendement pourrait faciliter des interprétations restrictives en matière pénale et affecter le travail des juges, des procureurs et des défenseurs publics. « Le changement proposé modifie l'équilibre entre le pouvoir de l'État et les droits individuels, avec des conséquences directes pour les personnes soumises à des procédures judiciaires », a déclaré l'un des avocats dans des déclarations aux médias susmentionnés.

Les spécialistes préviennent que la réforme

L’article 36 de la Constitution politique dispose actuellement : « En matière pénale, nul n’est tenu de témoigner contre lui-même, ni contre son conjoint, ses ascendants, descendants ou collatéraux jusqu’au troisième degré de consanguinité ou d’affinité inclus. » La réforme en débat propose d'inclure une exception : « ce qui précède est excepté lorsqu'il s'agit d'un membre de la famille d'un mineur victime de délits sexuels ou de violences domestiques ».

Selon El Observador, la commission en charge du projet doit émettre un rapport de recommandations à la plénière. Le président législatif, Rodrigo Arias, a exhorté en janvier les chefs des factions à définir la composition de la commission, afin de poursuivre le processus.

Des secteurs du pouvoir judiciaire, comme la juge Roxana Chacón Artavia et des représentants de l'Organisation d'enquête judiciaire (OIJ), ont exprimé leur soutien à la réforme, arguant qu'elle contribuerait à renforcer les poursuites pour crimes sexuels et violences familiales. De leur côté, la Défense publique et divers experts appellent à la prudence et mettent en garde contre le risque de violation des principes fondamentaux du système pénal costaricien.

Le projet avance à l'Assemblée législative, le débat technique et politique restant ouvert en attendant le rapport de la commission et les prochaines auditions de spécialistes.

L'initiative de réforme a été présentée par Carolina Delgado en avril 2023. La Plénière lui a accordé sa recevabilité après la troisième lecture et avec le vote affirmatif de 38 députés présents. Le texte actuel de l'article 36 permet de s'abstenir de témoigner contre des proches jusqu'au troisième degré de consanguinité ou d'affinité. La réforme vise à établir une exception pour les délits sexuels ou les violences contre les mineurs dans le milieu familial.