Les rapporteurs spéciaux des Nations Unies Gina Romero, Alexandra Xanthaki, Irene Khan et Mary Lawlor ont adressé une lettre d'accusation (JAL CUB 3/2026) au régime cubain dans laquelle elles dénoncent une stratégie de persécution, de disparition forcée, de détention arbitraire et de torture contre les défenseurs et militants des droits de l'homme. Selon la lettre, Cuba aurait mis en œuvre un modèle « prison ou exil » comme mécanisme de contrôle interne pour neutraliser la dissidence. La plainte, soutenue par les organisations Prisoners Defenders et Consorcio Justicia, soutient que les pratiques documentées affectent généralement les artistes et les militants pro-démocratie de l'île.
La lettre, envoyée le 7 janvier 2026 et rendue publique en mars, n'a pas reçu de réponse du gouvernement cubain dans le délai de 60 jours fixé par les Nations Unies pour présenter des allégations. Selon Prisoners Defenders, l’absence de réponse équivaut à une acceptation tacite des accusations, ce qui refléterait une acceptation de la réalité répressive à laquelle est confrontée la communauté internationale.
Parmi les cas détaillés dans la lettre figure celui du militant José Daniel Ferrer, qui, selon les rapporteurs spéciaux, a été victime de multiples détentions qui violent les normes internationales de procédure régulière. Ferrer est resté en prison pendant plus de six ans, bien que sa peine ait été de quatre ans et six mois, et il a été victime d'une disparition forcée à au moins deux reprises : une fois pendant 37 jours et une autre pendant 72 heures après sa nouvelle arrestation en avril 2025. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a classé son cas comme « détention arbitraire de type I, II, III et IV ».
Les rapporteurs citent également la résolution du Parlement européen de septembre 2024, qui mettait en garde contre l'état critique de Ferrer, le manque d'accès aux soins médicaux, la nourriture insuffisante et les conditions insalubres, ainsi que les informations faisant état de torture et de traitements cruels, tels que des tentatives d'étouffement et le refus de nourriture. De telles pratiques, préviennent-ils, représenteraient « une violation directe et absolue » de l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Convention contre la torture, à laquelle Cuba est partie.

Quant à Yosvany Rosell García Caso, les rapporteurs soulignent qu'il a été arrêté après avoir participé à une manifestation à Holguín et condamné à 15 ans de prison pour sédition, un événement motivé par des coupures d'électricité prolongées et des pénuries alimentaires. Durant son hospitalisation dans un état critique, il est resté sous stricte surveillance, souvent menotté au lit, tandis que sa famille a été victime de harcèlement, de restrictions de visites et de surveillance des communications.

Les rapporteurs spéciaux détaillent également les persécutions contre le rappeur Maykel Castillo Pérez, qui aurait fait l'objet d'une procédure judiciaire pour faire taire son expression créative alors qu'elle contenait des critiques politiques. Parallèlement au cas de Luis Manuel Otero Alcántara, une violation systématique des Règles Nelson Mandela, normes internationales minimales pour le traitement des prisonniers, est signalée.

La lettre souligne qu'il existe une tendance à la criminalisation de la dissidence et au recours à la coercition, y compris la détention arbitraire et l'exil forcé, contre les défenseurs des droits humains, les militants et les artistes à Cuba. Selon les rapporteurs spéciaux, l’une des formes les plus graves de répression structurelle est le « modèle d’exil coercitif », connu sous le nom de « prison ou exil ». Cette pratique consisterait à contraindre les militants à quitter le pays sous la menace, soit comme condition de leur libération, soit pour éviter des poursuites pénales. « Cette stratégie est perçue comme un mécanisme de contrôle de sécurité interne destiné à neutraliser la dissidence », indique la lettre.
Les rapporteurs avertissent que l'expulsion de citoyens comme sanction pour avoir exercé leurs droits ou comme condition pour éviter la prison constitue une privation arbitraire et illégitime du droit à la permanence territoriale, en violation des normes internationales. Le document conclut que la criminalisation de ceux qui promeuvent les droits de l’homme et exercent la liberté d’expression, y compris l’expression artistique et associative, est une source de « préoccupation » et que le recours aux arrestations comme méthode d’intimidation et de harcèlement constitue une détention arbitraire au regard du droit international. Détenir une personne sous un régime de disparition temporaire, sans reconnaître sa détention ni révéler où elle se trouve pendant plusieurs jours, contrevient à la Convention contre les disparitions forcées.