Daniel Noboa a reçu le chef de la DEA pour renforcer l'alliance de l'Équateur et des États-Unis dans la lutte contre le trafic de drogue

L'administrateur de la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis, Terrance Cole, s'est rendu samedi en Équateur pour rencontrer le président Daniel Noboa et les principaux responsables de la sécurité du pays, au cours d'une journée qui a souligné le poids de l'alliance bilatérale contre le trafic de drogue et le crime organisé. Les réunions ont eu lieu à Guayaquil, la plus grande ville du pays et l'épicentre de la violence criminelle qui sévit en Équateur depuis trois ans.

L'ambassade des États-Unis à Quito a confirmé la visite et a déclaré que Cole avait également rencontré le ministre de l'Intérieur, John Reimberg, ainsi que de hauts responsables de l'armée et de la police. Lors des réunions, des stratégies ont été analysées pour approfondir la coopération antidrogue et renforcer les actions communes contre la criminalité transnationale organisée. Noboa a noté sur ses réseaux que les deux pays « unissent leurs efforts » pour faire face à ces menaces.

Cette visite intervient au moment où les relations sécuritaires entre Quito et Washington sont les plus intenses depuis au moins trois décennies. Depuis décembre 2025, le personnel de l'US Air Force opère temporairement à la base de Manta, sous la protection du Statut des Forces (SOFA) et d'autres accords signés sous le gouvernement de Guillermo Lasso et ratifiés par Noboa en 2024. En mars 2026, le Commandement Sud a publié des images d'une opération nocturne conjointe contre les installations du groupe criminel Comandos de la Frontera. À cette présence s’ajoutent l’échange de renseignements et la formation d’unités locales.

Noboa DEA Équateur

L’Équateur a atteint ce point de collaboration étroite après avoir été le théâtre d’une crise de violence sans précédent. Le pays a clôturé l'année 2025 avec un taux de 50 homicides pour 100 000 habitants, le plus élevé de toute l'Amérique latine pour la troisième année consécutive, selon l'organisme de surveillance ACLED. Le nombre total d'homicides a dépassé 9 200, contre 7 063 en 2024 et 8 248 en 2023. Neuf cas sur dix sont liés à des violences criminelles, selon l'Observatoire équatorien du crime organisé, et la province de Guayas, dont la capitale est Guayaquil, a représenté près de la moitié des homicides.

L’escalade a des racines structurelles. Au cours de la dernière décennie, l’Équateur est passé du statut de pays de transit pour la cocaïne andine à celui de nœud logistique du trafic mondial de drogue, avec des gangs tels que Los Choneros et Los Lobos se battant pour le contrôle des ports et des routes d’exportation. La capture en 2025 d'Adolfo Macías, alias Fito, leader de Los Choneros, n'a pas contenu la violence : selon l'ACLED, elle a accéléré la fragmentation des groupes et déclenché de nouveaux affrontements, notamment dans la province de Manabí.

Des policiers équatoriens inspectent une zone lors d'un raid ce jeudi, à Guayaquil (Équateur) EFE/ Mauricio Torres

La réponse de Noboa a tourné autour de la militarisation. En janvier 2024, il déclare un conflit armé interne et déploie l’armée dans les rues et les prisons. En novembre 2025, il a demandé l’autorisation des citoyens, par référendum, pour installer des bases militaires étrangères permanentes, mais près de 60 % des électeurs l’ont rejetée. Le gouvernement a alors choisi d’intensifier la coopération dans le cadre des cadres juridiques actuels, qui autorisent une présence temporaire sans qu’il soit nécessaire de réformer la Constitution.

L'Initiative mondiale contre le crime organisé place l'Équateur à la quatrième place mondiale dans son indice de criminalité organisée, avec une note de 7,48 sur 10. Pour Washington, le pays andin est aujourd'hui son principal partenaire antidrogue dans la région, un rôle que Noboa a cultivé comme axe de sa politique de sécurité et que l'administration Trump a rendu en retour par une escalade opérationnelle dans le Pacifique Sud sans précédent depuis la fermeture de Manta il y a seize ans.