Le Parlement du Venezuela a approuvé une réforme qui porte à 32 le nombre de juges de la Cour suprême de justice.

L'Assemblée nationale du Venezuela, dominée par le chavisme, a approuvé mardi une réforme de la loi organique de la Cour suprême de justice (TSJ), qui porte de 20 à 32 le nombre de magistrats du plus haut tribunal du pays.

La modification réorganise également la composition interne du TSJ. La Chambre constitutionnelle passera de cinq à sept juges, tandis que les autres chambres – électorale, pénale, sociale, civile et politico-administrative – compteront chacune cinq membres, au lieu de trois.

Le chavisme a tenté de défendre la réforme comme faisant partie d’un processus de « transformation » du système judiciaire vénézuélien. Cependant, des secteurs dissidents et des spécialistes ont averti que le problème principal n'est pas le nombre de magistrats mais le manque d'indépendance des tribunaux par rapport au pouvoir politique.

Lors du débat parlementaire, le député Luis Florido a affirmé que la détérioration du système judiciaire est directement liée à l'influence politique sur les juges.

« Une partie du problème du système judiciaire au Venezuela est liée à la politisation de la justice », a-t-il déclaré lors de la séance plénière législative.

Le député Luis Florido a affirmé que la détérioration du système judiciaire est directement liée à l'influence politique sur les juges (EFE/Luis Eduardo Noriega A./File)

Le législateur Staline González a également remis en question la portée de la réforme et a demandé de discuter de changements plus profonds. Selon lui, la mort récente du prisonnier politique Víctor Quero Navas alors qu'il était détenu par l'État révèle les défauts structurels de l'appareil judiciaire vénézuélien. Pour González, le débat doit se concentrer sur la garantie des droits et pas seulement sur l'augmentation du nombre de magistrats.

Devant le Parlement, l'avocat et analyste Ali Daniels a également critiqué l'initiative. « Le problème, ce n'est pas d'avoir 20 ou 32 magistrats », a-t-il déclaré. « Le problème est qu'il nous faut des juges qui osent rendre des décisions contraires aux intérêts du pouvoir exécutif », a-t-il ajouté.

Le chavisme, en revanche, a présenté la réforme comme une tentative d’élargir l’accès à la justice. Le député Nicolás Maduro Guerra a assuré que le Parlement avait reçu plus d'un millier de lettres appuyant la modification légale. Comme il l'a expliqué, l'augmentation du nombre de magistrats vise à « démocratiser » le système judiciaire et à accélérer les processus qui connaissent actuellement de longs retards.

« Cette réforme spécifique nous permet d'ouvrir la voie, dans ce nouveau moment politique, pour que la Cour suprême émerge d'un grand accord national », a déclaré Maduro Guerra au cours de la session.

Le président du Parlement, Jorge Rodríguez, a également demandé à la commission législative chargée de sélectionner les nouveaux magistrats d'adapter le processus à la nouvelle structure approuvée ce mardi.

Jorge Rodríguez a demandé à la commission législative chargée de sélectionner les nouveaux magistrats d'adapter le processus à la nouvelle structure (EFE/Miguel Gutiérrez)

La réforme modifie également le contrôle institutionnel sur les principales organisations liées au système judiciaire. L'Inspection générale des tribunaux, l'Inspection générale de la défense publique et l'École nationale de la magistrature deviendront directement dépendantes de la Chambre plénière du TSJ.

Par ailleurs, en cas de vacance absolue dans ces organismes auxiliaires, l'Assemblée nationale sera chargée de nommer leurs nouvelles autorités.

Cette initiative fait partie d’une série de changements promus par le régime chaviste après la capture du dictateur de la drogue Nicolás Maduro. En avril, Delcy Rodríguez a nommé une commission chargée de débattre d'une réforme du système pénal vénézuélien et a promis de « faire face » aux problèmes historiques tels que les retards de procédure et la corruption.

Le TSJ vénézuélien est mis en cause depuis des années par des organisations de défense des droits de l’homme, des partis d’opposition et des experts internationaux, qui l’accusent d’agir en accord avec le chavisme. Le tribunal a soutenu les décisions clés du parti au pouvoir ces dernières années, notamment les mesures prises contre les dirigeants de l'opposition et les résolutions politiques favorables à l'exécutif.

L’augmentation du nombre de magistrats se produit désormais dans un contexte de redéfinition institutionnelle au Venezuela et sous la pression internationale en faveur de réformes judiciaires. Alors que le parti au pouvoir insiste sur le fait que cette mesure améliorera le fonctionnement des tribunaux, des secteurs critiques soutiennent que le débat central reste l'indépendance de la justice par rapport au pouvoir politique.