Amnesty International appelle au « renversement » du régime d’urgence

SAN SALVADOR – Compte tenu des plus de 5 000 plaintes pour violations des droits de l’homme enregistrées par un groupe de sept organisations civiles au Salvador et des 132 décès de détenus en détention de l’État indiqués par Amnesty International (AI), cette organisation a demandé lundi au gouvernement de El Salvador annule l’état d’urgence et rétablit les droits suspendus par la mesure.

« Amnesty International exhorte une fois de plus le gouvernement du président [Nayib] Bukele et le reste des autorités de l’État à adopter les mesures nécessaires pour renverser le régime d’urgence, restaurer les droits suspendus, enquêter de manière efficace, autonome et indépendante sur les conséquences dramatiques de cette mesure ; et garantir des mesures de réparation pour les victimes », dans un communiqué l’organisation.

De même, Amnesty International a appelé les « mécanismes internationaux de protection des droits de l’homme » à intervenir d’urgence au Salvador afin d’éviter une crise des droits de l’homme « encore plus grande » dans ce pays d’Amérique centrale.

« La communauté internationale est en alerte sur les graves conséquences en termes de droits de l’homme que le régime d’urgence génère au Salvador. (…) L’État salvadorien doit être certain que la communauté internationale ne tolérera pas ce type de politique », dit Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International, faisant référence au régime d’urgence dans lequel El Salvador est maintenu depuis un an.

Selon l’organisation, la politique sécuritaire de Nayib Bukele a conduit à plus de 66 000 détentions, pour la plupart arbitraires ; En plus d’être soumis à des mauvais traitements et à la torture, des violations flagrantes du droit à une procédure régulière, des disparitions forcées et des sous la garde de l’État qui, au moment de leur mort, n’avait été reconnu coupable d’aucun crime.

Pour cela, assure Amnesty International, « la coordination, en complicité, des trois pouvoirs de l’État a été essentielle ; l’élaboration d’un cadre juridique contraire aux normes internationales des droits de l’homme, notamment en ce qui concerne les poursuites pénales ; et l’absence d’adoption de mesures tendant à éviter les violations systématiques des droits de l’homme sous un régime d’exception ».

Le régime d’urgence a été décrété au Salvador le 27 mars 2022, après un pic d’homicides au cours duquel 87 personnes ont été tuées par des gangs, ce qu’Amnesty International considère comme la conséquence d’une « rupture » du pacte présumé que le président d’El Salvador maintenu avec les gangs MS et Barrio 18 pour réduire la violence.

El Salvador a défendu sa politique autoritaire, assurant que c’était la clé pour que le pays sorte du fléau commis par les gangs au cours des dernières décennies.