L’introduction de peines de prison pour manipulation numérique au Panama a déclenché un débat public.
Divers syndicats de journalistes ont mis en garde contre les risques des nouvelles réformes du projet de loi 51, qui propose de modifier l'article 196 du Code pénal pour punir de prison la production et la diffusion de matériel créé par l'intelligence artificielle ou l'édition numérique lorsque l'honneur d'une personne est porté atteinte.
La proposition, défendue par la députée progouvernementale Dana Castañeda, vise à lutter contre des délits tels que le clonage de voix ou l'altération d'image. Elle prévoit des peines allant de trois à six ans de prison pour ceux qui créent ou diffusent ce type de contenu. Si l’infraction se produit via les réseaux sociaux, les plateformes numériques ou de manière anonyme, la peine peut aller jusqu’à sept ans.
Selon le promoteur de la réforme, la législation actuelle est insuffisante face aux défis de la technologie moderne. Le député a indiqué que l'objectif est de protéger spécialement les mineurs, les familles et les personnes handicapées contre les risques de manipulation technologique.

Le législateur a expliqué que ces technologies, utilisées de manière inappropriée, peuvent donner l'impression qu'une personne dit ou fait des choses qu'elle n'a jamais dites ou faites, ou qu'elle peut être faussement placée dans des situations embarrassantes, offensantes, déshonorantes ou préjudiciables pour sa vie personnelle, familiale, professionnelle ou publique.
L'initiative établit que lorsque les personnes prétendument offensées sont l'un des fonctionnaires mentionnés à l'article 304 de la Constitution politique, des élus populaires ou des gouverneurs, la sanction pénale ne sera pas imposée, ce qui n'exclut pas la responsabilité civile dérivée de ce fait.
Cette exonération ne s'appliquera pas lorsque l'auteur attribue un fait faux au fonctionnaire, sachant qu'il est faux, dans le but de porter atteinte à son honneur, et le diffuse publiquement via les réseaux sociaux ou les plateformes numériques.
Le point qui a suscité la plus grande inquiétude parmi les principaux syndicats de la presse est la possibilité que les nouvelles réglementations finissent par restreindre la critique publique et le contrôle des responsables.
Le Conseil national des journalistes, le Forum des journalistes, l'Association panaméenne de radiodiffusion et l'Association des journalistes de Chiriquí ont déclaré qu'une loi conçue pour les délits technologiques pourrait être utilisée pour criminaliser l'opinion ou les plaintes des citoyens.

Ceci, surtout dans un pays où les responsables, notamment les ministres, les députés, les directeurs et même le président de la République lui-même, sont plus enclins à féliciter qu'à critiquer la population.
Ces groupes journalistiques considèrent qu'il est essentiel que les fonctionnaires restent sous contrôle social et médiatique, compte tenu de leur responsabilité dans la gestion des ressources et des décisions qui affectent l'ensemble de la société.
Dans leur analyse, ils soulignent que le plus grand danger réside dans le fait que la réforme pourrait devenir un instrument d'intimidation à l'encontre des journalistes, des médias et des citoyens critiques.
Dans les discussions actuelles sur le projet, divers médias ont soulevé une question clé : la réforme vise-t-elle à protéger les victimes d'abus technologiques ou pourrait-elle finir comme un obstacle au libre exercice du journalisme au Panama ?
On craint que, sous prétexte de lutter contre la désinformation et les « deepfakes », des sanctions pénales soient rétablies contre ceux qui remettent en cause les autorités, ce qui signifierait un recul des droits fondamentaux.

Les syndicats du journalisme ne nient pas l’urgence de réglementer l’usurpation d’identité numérique ou l’utilisation frauduleuse de l’intelligence artificielle. Ils insistent toutefois sur le fait que tout débat sur ces questions doit éviter de restreindre la critique publique et le débat démocratique, deux piliers du travail journalistique et du droit des citoyens à rendre compte.
Dans ce contexte, la question de savoir si la nouvelle loi représente une protection nécessaire ou une menace cachée pour la liberté de la presse reste sans réponse définitive.
Alors que le débat législatif se poursuit, les journalistes et les communicateurs exigent des garanties que les réponses juridiques à l'ère numérique ne compromettent pas le contrôle public ou le droit de la société de remettre en question ceux qui sont au pouvoir.