Dette publique en Amérique centrale : forte exposition aux marchés internationaux et gestion locale contrastée

Les pays d'Amérique centrale présentent des différences marquées dans la gestion et la composition de leur dette publique, selon le Perspectives financières 2026 présenté par la CEPALC, la commission des Nations Unies pour l'Amérique latine et les Caraïbes. Cette analyse détermine des niveaux inégaux d’exposition au risque international et conditionne à la fois la stabilité financière et les marges de manœuvre face à des scénarios économiques défavorables.

La comparaison des stratégies nationales révèle une gamme allant de structures orientées vers le financement interne, comme au Costa Rica, à des modèles fortement dépendants du crédit international, comme au Nicaragua, et met en évidence les défis de viabilité budgétaire auxquels les gouvernements centraméricains sont confrontés à court et moyen terme.

Le Nicaragua, selon le rapport de la CEPALC, est en tête du classement régional en raison de sa forte dépendance au financement extérieur : 95 % de sa dette est entre les mains de créanciers internationaux et seulement 5 % auprès de créanciers nationaux. Ces données, qui apparaissent dans la dernière section du rapport, mettent en évidence le risque critique face aux conditions et aux fluctuations des marchés mondiaux.

En revanche, fin 2025, le Costa Rica répartissait 74 % de ses obligations d’État entre ses créanciers nationaux. De plus, 66% de sa dette est libellée en monnaie nationale, ce qui limite la vulnérabilité aux variations brusques du taux de change.

La gestion prudente de la dette infranationale représente un facteur pertinent pour le Costa Rica, où les engagements des gouvernements locaux représentaient environ 2 % du PIB en 2024. L'analyse de la CEPALC souligne que ce pourcentage est resté stable, reflétant une politique modérée de croissance des engagements au niveau local.

En décembre 2025, 74 % de la dette publique de l'administration centrale était contractée auprès de créanciers internes et 26 % auprès de créanciers externes ; 66% en monnaie nationale et 34% en devises étrangères. (Image générée par l'IA)

Au Salvador, la structure est inverse : 68 % des engagements du gouvernement central correspondent à des créanciers étrangers et seulement 32 % à des créanciers nationaux. Cette composition place le pays dans une situation vulnérable aux hausses des taux d’intérêt ou aux dépréciations soudaines des marchés internationaux. Concernant la dette infranationale, les municipalités salvadoriennes ont réduit leurs obligations, passant de 2,5% du PIB en 2020 à 2,2% en 2024, une avancée que la CEPALC interprète comme une amélioration de la gestion financière locale.

La diversification financière est plus visible au Guatemala, avec 55 % de la dette répartie entre les créanciers internes et 45 % entre les créanciers externes. Cet équilibre nous a permis de conserver une certaine marge de flexibilité, même si l'exposition aux sources de financement internationales reste importante.

Le panorama du Honduras montre également un équilibre : 52 % de la dette est entre les mains des créanciers internationaux et 48 % entre les mains des créanciers nationaux. Cependant, 63 % des engagements honduriens sont libellés en devises étrangères, ce qui accroît l'exposition aux conditions extérieures et à la volatilité des marchés des changes.

Le Panama se caractérise par sa forte proportion de dette auprès des créanciers internationaux, qui atteint 82 %. Cependant, 89 % de ses engagements sont libellés en monnaie nationale, ce qui réduit partiellement les risques liés aux fluctuations des taux de change.

Panama

Les conséquences de ces différences dans la gestion de la dette publique en Amérique centrale, selon les informations fournies par la CEPALC, sont claires : les pays ayant un plus grand équilibre entre financement interne et externe, comme le Costa Rica et le Guatemala, sont confrontés à des risques moindres face aux chocs internationaux, tandis que des économies comme le Nicaragua, le Salvador et le Panama assument un fardeau important d'incertitude lié à l'évolution des marchés mondiaux. Le rapport souligne que la viabilité budgétaire de la région dépend de la diversification des sources financières, de la consolidation de politiques budgétaires responsables et de la réduction de l'exposition aux fluctuations externes.