Émeute au Venezuela : les prisonniers de la prison de Barinas ont investi la prison pour protester contre la torture et exiger le limogeage du nouveau directeur

Des prisonniers investissent le centre de détention judiciaire de Barinas au Venezuela.

Des dizaines de détenus du Centre de détention judiciaire de Barinas (Injuba), situé dans les plaines occidentales du Venezuela, sont montés dimanche sur le toit de la prison en signe de protestation, ont brûlé des nattes et ont exigé le renvoi du nouveau directeur, qu'ils accusent de les avoir soumis à de violentes fouilles, à l'isolement et à la torture. La plainte a été diffusée par l'Observatoire des prisons vénézuéliennes (OVP), une organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif auprès du Système interaméricain des droits de l'homme.

Alors que la situation se détériorait à l'intérieur de l'établissement, les proches des détenus ont tenté d'empêcher l'entrée d'une commission de la Garde nationale bolivarienne (GNB), sans succès. Quelques minutes après l'entrée des troupes, ceux qui attendaient à l'extérieur ont entendu des cris et des explosions. Selon les personnes présentes, les responsables ont lancé des bombes lacrymogènes vers l'annexe des femmes, où plus de 100 femmes privées de liberté ont commencé à suffoquer à cause des gaz. Les détenus eux-mêmes ont dû les expulser de leur espace. Pères, mères, épouses et autres proches restaient désespérés à proximité de la prison, sans autre information que la fumée visible depuis les tours et le bruit intermittent des détonations. Ils exigent que les droits humains de leurs proches soient respectés.

Des prisonniers investissent le centre de détention judiciaire de Barinas au Venezuela.

Selon l'OVP, les détenus affirment avoir déclenché une manifestation pacifique qui a été réprimée par le personnel de détention accompagné du nouveau directeur, Elvis Macuare Guerrero, qui aurait ordonné de tirer sur la population carcérale. L'organisation a signalé des blessures sans en préciser le nombre ni la gravité. A l'extérieur de la prison, des proches attendaient sans information, craignant que la situation ne conduise à un massacre. Le régime vénézuélien n’a pas publié de déclaration officielle au moment de la mise sous presse.

La manifestation de ce dimanche n'est pas un épisode isolé. Les 14 et 15 mai, des proches rassemblés devant l'Injuba ont signalé que de la nourriture leur était refusée et ont mis en garde contre un traitement irrégulier à l'intérieur. Le Ministère du Pouvoir Populaire pour le Service Pénitentiaire a répondu par une perquisition qualifiée d'« ordinaire » et a annoncé la nomination d'une nouvelle direction de la prison.

Le 16 mai, la situation s'aggrave. Des hommes cagoulés ont procédé à des coups à l'intérieur des locaux, selon des membres de la famille présents. Une quarantaine de détenus ont ensuite été transférés vers des destinations inconnues, sans que les autorités informent leurs proches de leur sort.

Des prisonniers investissent le centre de détention judiciaire de Barinas au Venezuela.

Le 19 mai, le cas du prisonnier politique Tito Livio Volcanes Dávila a retenu l'attention des organisations de défense des droits humains. Volcanes, un producteur agricole détenu à Injuba, a été transporté d'urgence à la clinique de Barinas dans un état critique. Le Comité des droits de l'homme de Vente Venezuela a dénoncé le fait que le directeur de la prison ait tenté d'entraver ses soins médicaux. Volcanes a été libéré de prison le 20 mai, dans le cadre de l'annonce par l'Assemblée nationale chaviste de la libération de 300 prisonniers politiques. Ces mêmes informations ont confirmé le licenciement du directeur Robert Cabeza et la nomination de Macuare Guerrero, le personnage que les détenus désignent aujourd'hui comme responsable des abus.

Le 21 mai, l'OVP a signalé que des proches attendaient depuis 5 heures du matin sous la pluie devant l'Injuba sans recevoir d'informations sur la visite prévue. L'opacité officielle a été répétée sans réponse.

Des prisonniers investissent le centre de détention judiciaire de Barinas au Venezuela.

Le cas d’Injuba n’est pas exceptionnel : il s’inscrit dans un schéma documenté. Entre avril et les premiers jours de mai, l’OVP a enregistré au moins 14 décès en détention par l’État. L'épisode le plus grave a été l'émeute au centre pénitentiaire de Yare III, le 20 avril, qui a fait cinq morts parmi les détenus. Deux semaines plus tard, le ministère pénitentiaire n'avait fourni aucun nombre de blessés ni aucune explication. L'organisation a dénoncé le fait que la surpopulation, le manque de soins médicaux et les transferts arbitraires aggravent systématiquement les conditions carcérales dans tout le pays.

Le Venezuela a un système pénitentiaire en plein effondrement structurel. La violence institutionnelle et l’absence de contrôle judiciaire ont transformé les centres de détention en espaces où l’arbitraire opère sans contrepoids. Aujourd’hui, à cette crise historique s’ajoute la pression politique : le régime de Delcy Rodríguez fait face à des demandes croissantes de libération des prisonniers tandis que le système interaméricain documente chaque nouvel épisode de violence carcérale. La protestation d'Injuba est, dans ce cadre, à la fois un cri de prisonniers ordinaires et le symptôme d'un État qui a perdu le contrôle de ses propres prisons.