La CIDH demande à la Cour interaméricaine de prolonger les mesures provisoires contre cinq opposants détenus au Nicaragua

La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a demandé à la Cour interaméricaine des droits de l'homme (Cour interaméricaine) d'élargir les mesures provisoires en faveur de cinq dissidents nicaraguayens emprisonnés, qu'elle considère exposés à une situation d'une extrême gravité et au risque de préjudice irréparable.

Cette demande a été soutenue par des organisations humanitaires qui mettent en garde contre le danger pour la vie et l'intégrité de ces personnes, actuellement privées de liberté sous l'accusation de délits économiques et de persécution politique.

Parmi les bénéficiaires de cette demande figurent le général à la retraite Álvaro Baltodano Cantarero, qui fut conseiller présidentiel, et son fils, l'homme d'affaires Álvaro Baltodano Monroy.

Tous deux ont été identifiés par le bureau du procureur général comme responsables de la création de vingt sociétés fictives pour des activités de blanchiment d'argent et d'évasion fiscale, comme l'a révélé la CIDH. La pétition concerne également le colonel à la retraite Carlos Brenes, son épouse Salvadora Martínez et l'opposant Larry Martínez, tous détenus dans le contexte de la crise politique que traverse le Nicaragua.

Les organisations humanitaires mettent en garde contre le risque de dommages irréparables à la vie et à l'intégrité des prisonniers politiques au Nicaragua. (EFE/Stringer)

La CIDH a précisé que trois des bénéficiaires sont des personnes âgées, ce qui aggrave les inquiétudes concernant leur santé et leur bien-être dans le contexte carcéral.

Les Baltodanos sont détenus au centre pénitentiaire connu sous le nom de « La Modelo », après avoir passé plus de cinq mois sans que l'on sache où ils se trouvent. Pendant cette période, la CIDH a averti qu’ils n’avaient pas reçu de soins médicaux adéquats compte tenu de leur état de santé. Dans le cas de Brenes, Martínez et Salvadora Martínez, les autorités n'ont pas signalé leur localisation depuis leur arrestation, ce qui renforce l'alerte sur leur situation personnelle.

La CIDH a indiqué que, malgré les efforts et les demandes adressées à l'État du Nicaragua pour clarifier la situation des détenus et adopter des mesures de protection, elle n'a pas reçu de réponses indiquant l'existence d'actions efficaces pour atténuer les risques identifiés ou d'enquêtes sur les événements signalés.

C'est pour cette raison que la Commission s'est tournée vers la Cour interaméricaine pour qu'elle ordonne l'adoption immédiate de mesures garantissant la vie, la santé, l'intégrité et la liberté des cinq opposants, ainsi que l'obligation de signaler formellement leur localisation ou leur lieu de détention.

La CIDH inclut dans sa demande le colonel Carlos Brenes, Salvadora Martínez et Larry Martínez parmi les opposants touchés par la persécution politique. (Reuters/Oswaldo Rivas)

Les mesures provisoires que la Cour interaméricaine peut prononcer sont impératives pour les États membres et sont réservées à des situations urgentes et graves, dans lesquelles il existe la possibilité de dommages irréparables pour les personnes impliquées. Le cas des dissidents nicaraguayens s’inscrit dans la crise politique et sociale que traverse le pays depuis 2018, qui s’est intensifiée après les élections générales de novembre 2021, lorsque Ortega a été réélu et la plupart de ses rivaux emprisonnés. Plus tard, nombre de ces opposants ont été privés de leur nationalité et de leurs droits politiques, après avoir été accusés de trahison.

La CIDH insiste sur la nécessité de mettre en œuvre des actions immédiates pour protéger les cinq dissidents et fournir des informations sur leur situation réelle, compte tenu du manque de garanties et du silence officiel du gouvernement nicaraguayen.