La répression systématique affaiblit le journalisme au Nicaragua, selon un article de presse publié en Espagne

Le rapport Nicaragua : Deux décennies de démantèlement de la liberté de la presse révèle que 61 médias ont été fermés ou confisqués, plus de 309 journalistes sont en exil et 22 ont été dénationalisés.

Depuis 2018, plus de 50 journalistes ont été arrêtés ou emprisonnés. Dans le classement mondial de la liberté de la presse, le pays occupe la 172e place sur 180, ce qui en fait le pire pays d'Amérique latine.

La répression vécue au Nicaragua ne répond plus à des épisodes précis, mais fait partie du quotidien de ceux qui souhaitent dénoncer. Chamorro a prévenu : « C'est le résultat d'un état extrême de criminalisation de la liberté de la presse et de la liberté d'expression », a-t-il dénoncé au siège de l'Association de la presse de Madrid.

La situation des professionnels nicaraguayens contraints à l’exil est devenue une forme de résistance.

Un manifestant brandit le drapeau nicaraguayen lors d'une manifestation en faveur de la liberté de la presse.

À la persécution institutionnelle s’ajoute la criminalisation de ceux qui ont collaboré avec des médias indépendants. Chamorro a rapporté qu'après l'assaut contre la rédaction de son journal en décembre 2018, ses annonceurs ont également fait l'objet de représailles : « Nous sommes passés de 30 à un seul », a-t-il déclaré, sans préciser le nom pour des raisons de sécurité.

Pour répondre à la question sur la situation des journalistes au Nicaragua, le rapport présenté à Madrid montre que la répression a été systématisée à travers la fermeture des médias, l'exil forcé, la dénationalisation et les détentions arbitraires.

De plus, le pays occupe l’une des pires positions au monde en termes de liberté de la presse, ce qui rend difficile toute tentative d’informer sans crainte de représailles.

Être journaliste en exil : entre résistance et vulnérabilité

La journaliste Maryórit Guevara a partagé son expérience personnelle, décrivant l'exil comme un processus douloureux et complexe. « Quitter son pays, c'est aussi perdre des réseaux, des revenus, de la stabilité, de l'identité territoriale… », a-t-il souligné.

Guevara a été contrainte de quitter le Nicaragua après avoir reçu des menaces de mort et subi la publication de son discours, ce qui a incité à la violence contre elle et son fils.

Son itinéraire l'a conduite d'abord au Salvador, puis en Espagne, dans un voyage marqué par l'incertitude : « Sans itinéraire cartographié », explique-t-elle. Grâce à la solidarité de ses collègues, il parvient à s'établir dans une petite ville d'Estrémadure.

Ces projets de loi visent à donner une façade de légalité au gouvernement Ortega pour continuer à harceler et à persécuter les journalistes, les organisations de défense des droits humains et toute autre personne critiquant le gouvernement, a déclaré Human Rights Watch (HRW). EFE/Archives

Cet exil forcé implique une transformation radicale dans la manière de pratiquer le journalisme. Chamorro et Guevara ont convenu que travailler depuis l'étranger nécessite de « préserver des relations de grande confiance et d'offrir des canaux sécurisés » aux sources afin de continuer à faire des reportages. Malgré les difficultés, Chamorro s'est dit convaincu que le travail journalistique réalisé hors des frontières nicaraguayennes « est en train de vaincre la censure au Nicaragua ».

Répression aggravée contre les femmes journalistes

Le rapport souligne également que la persécution s'intensifie dans le cas des femmes. Guevara a dénoncé le fait que la dictature de Daniel Ortega et Rosario Murillo a développé une « stratégie systématique, planifiée et soutenue depuis deux décennies » pour priver le Nicaragua de la liberté d'information.

Le rapport indique que la persécution s'intensifie dans le cas des femmes. La dictature de Daniel Ortega et Rosario Murillo a développé une « stratégie systématique, planifiée et soutenue depuis deux décennies » pour priver le Nicaragua de la liberté d’information. REUTERS/Leonardo Fernández Viloria (AP Photo/Alfredo Zuniga, dossier)

À la violence politique s’ajoutent des campagnes de diffamation fondées sur le genre et des atteintes à la réputation des journalistes, liées à leur vie personnelle.

Guevara a souligné : « Même si je suis un journaliste exilé dans la rue, je suis une population migrante dans le centre de santé », illustrant ainsi la double vulnérabilité à laquelle ils sont confrontés : en raison de leur travail d'information et en raison de leur statut d'immigration.

La situation décrite dans le rapport reflète un panorama dans lequel l'exil, la censure et la persécution cherchent non seulement à faire taire l'information, mais génèrent également un impact profond sur la vie et la sécurité de ceux qui se consacrent au journalisme au Nicaragua.