L’image d’un escargot de mer est généralement associée aux plages, à l’artisanat et à la gastronomie. Pourtant, derrière ces coquilles qui finissent souvent en décoration, se cache une préoccupation environnementale croissante.
Le gouvernement du Panama a décidé d'imposer une nouvelle interdiction nationale de 10 ans sur plusieurs groupes d'escargots de mer, après que des études scientifiques ont mis en garde contre un déclin soutenu de leurs populations sur les deux côtes du pays.
La mesure a été adoptée par une résolution de l'Autorité des ressources aquatiques du Panama (ARAP) publiée au Journal officiel et concerne diverses espèces appartenant à la famille des Strombidae, communément connues sous le nom de cambutes, escargots royaux et autres mollusques marins de haute valeur commerciale.
Pendant une décennie, leur extraction, capture, transport, possession, commercialisation, exportation et transformation, y compris la vente de leurs coquilles, seront interdits.

L'un des premiers doutes qui surgissent est de savoir si l'interdiction couvre tous les escargots marins. La réponse est non. La résolution est limitée uniquement à certains genres de la famille des Strombidae, notamment Aliger, Lobatus, Strombus, Persististrombus, Titanostrombus et Macrostrombus. Les autres types d'escargots marins non inclus dans ces groupes ne font pas partie de la nouvelle interdiction.
La décision n’est pas non plus venue d’un coup. Le Panama avait déjà imposé une interdiction de cinq ans pour certaines de ces espèces en 2021. Cependant, les études les plus récentes ont conclu que les mesures adoptées jusqu'à présent n'ont pas été suffisantes pour inverser la détérioration des populations sauvages. C’est pour cette raison que les autorités ont décidé d’élargir les restrictions et de les prolonger de 10 ans supplémentaires.
Que se passe-t-il avec ces escargots ? Les rapports cités par l'ARAP pointent principalement vers une surexploitation. Pendant des décennies, ils ont été capturés pour la consommation humaine, commercialisant leur viande et vendant leurs coquilles comme objets de décoration ou souvenirs.
Le problème est que de nombreuses espèces ont une croissance relativement lente et mettent plusieurs années à atteindre leur maturité reproductive. Lorsqu’elles sont éliminées avant de se reproduire, le rétablissement des populations devient de plus en plus difficile.
Les données recueillies par les chercheurs dressent un tableau inquiétant. Dans les Caraïbes panaméennes, des évaluations réalisées à Bocas del Toro, Colón et Guna Yala ont révélé de très faibles densités de population d'escargot royal (Aliger gigas). Dans de nombreux cas, les spécimens juvéniles prédominaient et la présence d'adultes capables de se reproduire était rare.

La situation est également préoccupante dans le Pacifique. Des études menées dans le parc national de Coiba ont conclu que des espèces telles que Titanostrombus galeatus ont été soumises à une exploitation intense par les pêcheurs artisanaux et les plongeurs.
Les chercheurs ont averti que les densités de population restent faibles et ont recommandé de limiter les captures pour protéger les zones où les populations reproductrices survivent encore.
Il existe même des preuves de changements biologiques provoqués par des siècles d’extraction. Les recherches citées par l'ARAP indiquent que l'escargot dit combattant de Bocas del Toro a progressivement réduit sa taille en raison de la pression exercée par la récolte humaine.
Selon l'étude, la taille moyenne et la quantité de viande utilisable par individu ont été réduites de plus d'un tiers depuis le début de l'exploitation.
Au-delà de leur valeur économique, ces organismes remplissent des fonctions écologiques importantes. Les escargots marins participent à l’équilibre des écosystèmes côtiers en se nourrissant d’algues et de matières organiques, contribuant ainsi au maintien de fonds marins et de récifs sains.

La loi 304 de 2022 reconnaît qu'une extraction excessive de ces espèces peut altérer le fonctionnement naturel des écosystèmes dans lesquels elles vivent.
L'un des cas les plus sensibles est celui de l'escargot royal, une espèce protégée au niveau international et inscrite depuis 1992 à l'Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Les organisations internationales ont mis en garde contre la nécessité de renforcer les mesures de conservation en raison du déclin de leurs populations et de la persistance des menaces liées à la surpêche et au commerce non durable.
La résolution établit une seule exception : la capture à des fins scientifiques. Les universités, les centres de recherche et les spécialistes peuvent demander des permis pour extraire des quantités limitées de spécimens à des fins d'études autorisées. Parallèlement, l'ARAP a annoncé des programmes de surveillance, de recherche, d'éducation et d'inspection pour évaluer l'évolution des populations pendant la période de fermeture.

Pour les autorités, l’objectif ultime est d’éviter que des espèces emblématiques des mers panaméennes ne continuent de disparaître. Le pari est qu'une décennie sans pression commerciale permettra de reconstituer des populations qui montrent aujourd'hui des signes d'épuisement et garantira que ces mollusques continuent de faire partie du patrimoine naturel du pays pour les générations futures.