Le Venezuela exige la libération de 9 milliards de dollars d'actifs gelés pour financer la reconstruction après le double tremblement de terre

Le régime vénézuélien a présenté mercredi au forum ministériel des Nations Unies une exigence qui va au-delà de la diplomatie d'urgence : la libération des avoirs de l'État gelés à l'étranger comme condition pour financer la reconstruction après le double tremblement de terre du 24 juin. Le ministre des Affaires étrangères Iván Gil Pinto, dans une vidéoconférence avec le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), a appelé les pays qui ont bloqué les fonds vénézuéliens à « lancer un plan pour débloquer ces fonds afin que nous puissions les utiliser pour le redressement ».

Gil a explicitement mentionné l’or détenu à la Banque d’Angleterre et les fonds bloqués par Washington. Quelque 31 tonnes d'or – évaluées à environ 4,2 milliards de dollars – restent immobilisées à Londres. À cela s’ajoutent près de 5 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS) alloués par le Fonds monétaire international (FMI) en 2021, également gelés.

Le contexte est une accumulation de sanctions qui s’étend depuis 2019, lorsque Washington a inscrit PDVSA sur la liste de l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) et a imposé des restrictions à la Banque centrale du Venezuela. La rapporteuse spéciale de l'ONU, Alena Douhan, a documenté que ces mesures ont réduit les recettes de l'État de 99 %. En janvier 2026, l’administration Trump a renversé Nicolás Maduro et a soutenu Delcy Rodríguez, alors vice-présidente, au poste de président par intérim. Depuis, Washington a progressivement assoupli certaines mesures, dont une suspension de quatre mois de certaines sanctions pour faciliter la réponse humanitaire au séisme.

PHOTO DE DOSSIER – Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yván Gil, assiste à une réunion entre les représentants des gouvernements du Venezuela et de la Guyane pour discuter de la crise autour du territoire d'Essequibo, disputé par les deux pays, au palais Itamaraty à Brasilia, Brésil, le 25 janvier 2024. REUTERS/Adriano Machado

Le double tremblement de terre du 24 juin – deux tremblements de terre de magnitudes 7,2 et 7,5 séparés de seulement 39 secondes – a frappé particulièrement durement l'État côtier de La Guaira et de Caracas. Le bilan officiel fait état de 3 685 morts et 16 740 blessés. Près de deux semaines plus tard, les équipes de secours ont commencé à interrompre leurs opérations alors que les familles continuent de fouiller dans les décombres. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a estimé les dégâts matériels à 6,7 milliards de dollars, soit l'équivalent de 6 % du PIB vénézuélien.

Ce mercredi, OCHA a lancé un appel de 296 millions de dollars pour venir en aide à 1,3 million de personnes pendant six mois. Fletcher a déclaré que la réponse a déjà reçu 300 millions de dollars de dons – dont 115 millions de dollars engagés avant le séisme – mais que le manque total s'élève à 627 millions de dollars.

La pression en faveur du déblocage ne vient pas seulement de Caracas. Une lettre signée par 113 économistes internationaux – dont Jeffrey Sachs, de l’Université de Columbia, et Isabella Weber – exigeait que Washington libère les fonds vénézuéliens et assouplisse les sanctions contre la Banque centrale et PDVSA, et demandait au FMI d’accéder aux DTS bloqués. Le document prévient que les licences humanitaires actuelles sont insuffisantes tant que les banques internationales craignent des représailles pour avoir opéré avec des entités vénézuéliennes. Comparée aux plus de 9 milliards d’actifs bloqués à Londres et au FMI, l’aide accumulée des donateurs s’élève à 300 millions : cet écart définit si la reconstruction dépendra de la solidarité extérieure ou de l’accès aux ressources propres de l’État, enfermé dans un régime de sanctions que le tremblement de terre a rendu politiquement plus difficile à défendre.