L'Équateur a enregistré un excédent commercial de 62 millions de dollars avec la Colombie en mars 2026, un résultat qui contraste avec la tendance historique de déficit de la balance bilatérale et qui coïncide avec l'entrée en vigueur d'un droit de douane de 30 % sur les produits colombiens ordonné par le gouvernement de Daniel Noboa.
Ces données marquent un tournant dans les relations commerciales entre les deux pays, qui se caractérisaient ces dernières années par un solde négatif pour l'Équateur proche d'un milliard de dollars. Toutefois, les experts préviennent que l'excédent répond davantage à une contraction des importations qu'à une augmentation soutenue des exportations équatoriennes.
La mesure tarifaire a été mise en œuvre à partir de février 2026 sous le prétexte de protéger la production nationale et de répondre aux risques liés à la sécurité, tels que le trafic de drogue et l'exploitation minière illégale dans les zones frontalières. Dans la pratique, les droits de douane ont rendu plus coûteux l’entrée des produits colombiens sur le marché équatorien, réduisant ainsi le volume de leurs importations à court terme.
Cet effet s’est rapidement reflété dans la balance commerciale. À mesure que les achats en provenance de Colombie diminuaient, la balance penchait en faveur de l'Équateur, générant l'excédent enregistré au premier trimestre de l'année. Cependant, le comportement des exportations équatoriennes vers ce pays n'a pas montré une croissance proportionnelle qui, à elle seule, explique le changement de balance.
Les relations commerciales entre l'Équateur et la Colombie ont toujours été dynamiques, avec des échanges annuels d'environ 5 milliards de dollars. La Colombie est l'un des principaux partenaires commerciaux de l'Équateur dans la région andine, notamment en ce qui concerne la fourniture de produits manufacturés, d'aliments transformés et de produits industriels. L’imposition de droits de douane modifie cet équilibre et génère des effets sur les chaînes d’approvisionnement qui dépendent de cette intégration.
La réponse de la Colombie a été immédiate. Le gouvernement colombien a annoncé l'application de droits de douane réciproques sur les produits équatoriens, dans un premier temps sur plus de 50 produits, puis étendus à d'autres secteurs. En outre, des mesures complémentaires ont été adoptées, notamment des restrictions temporaires sur l'approvisionnement énergétique et des pressions diplomatiques dans le cadre de la Communauté andine des nations (CAN).
Cet échange de mesures a été interprété comme une escalade commerciale qui pourrait avoir des conséquences plus larges dans la région. La CAN, qui établit les principes du libre-échange entre ses membres, est confrontée à des tensions dues à des décisions unilatérales qui affectent l'intégration économique.

Le conflit reflète également les différences dans les approches politiques publiques entre les deux gouvernements. Alors que l'Équateur a adopté une ligne plus restrictive liée à la sécurité et au contrôle économique, la Colombie maintient une politique axée sur l'ouverture commerciale, ce qui ajoute une dimension politique au différend.
L'excédent peut être présenté comme une réussite de la politique économique en termes de réduction du déficit commercial. Cependant, cela peut également impliquer des effets secondaires, tels qu’une hausse des prix des produits importés, une disponibilité moindre de certains biens et d’éventuelles pressions inflationnistes.
De même, il existe un risque que les mesures protectionnistes génèrent des distorsions sur le marché et affectent les secteurs productifs qui dépendent des intrants colombiens. Cela pourrait avoir un impact sur les coûts de production et la compétitivité sur d’autres marchés.
Pour les mois à venir, l’évolution de la balance commerciale dépendra de l’évolution du conflit tarifaire et d’éventuelles négociations bilatérales. Un scénario d’escalade pourrait réduire considérablement le volume des échanges commerciaux entre les deux pays, tandis qu’une normalisation progressive pourrait inverser l’excédent et revenir à la tendance historique.
Quoi qu’il en soit, le solde positif de 62 millions de dollars peut être lu dans le contexte d’une politique économique spécifique et pas nécessairement comme une transformation structurelle du commerce extérieur équatorien.