Les États-Unis ont levé mercredi les sanctions contre la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, qui a pris le pouvoir après le renversement militaire par Washington de son prédécesseur, Nicolás Maduro.
Le nom de Rodríguez a été retiré de la « Liste des ressortissants spécialement désignés » des États-Unis, selon une publication sur le site Internet du Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Département du Trésor des États-Unis.
« Nous considérons la décision du président Donald Trump comme un pas vers la normalisation et le renforcement des relations entre nos pays. Nous sommes convaincus que ces progrès permettront la levée des sanctions en vigueur contre notre pays, nous permettant ainsi de construire et de garantir un programme de coopération binational efficace au bénéfice de notre peuple. Continuons d'avancer dans la construction d'un Venezuela prospère pour tous ! » Rodríguez a écrit sur son compte X.
Cette décision marque le point le plus personnel et irréversible du processus de normalisation entrepris par l'administration Trump depuis la capture de Maduro le 3 janvier. Le département du Trésor avait inscrit Rodríguez sur cette liste noire en septembre 2018 pour corruption et violation des droits de l'homme. Pendant près de huit ans, ses avoirs sur le territoire américain sont restés bloqués et toute transaction avec elle était interdite aux citoyens et aux entreprises américains. Cette condition a simplement disparu.

L’élimination de son nom n’est pas un geste isolé mais le résultat d’une négociation progressive qui s’est tissée à partir du jour même où les troupes américaines ont expulsé Maduro du pays. Le département du Trésor a délivré au moins 12 licences entre janvier et mars 2026, autorisant progressivement des pans entiers de l’économie vénézuélienne sous la supervision de Washington, sans pour autant lever les sanctions formelles. Les concessions suivaient une logique transactionnelle : chaque réforme interne du gouvernement Rodríguez correspondait à un allègement supplémentaire.
Rodríguez a purgé les dirigeants militaires pour les aligner sur les États-Unis, a rouvert l'industrie pétrolière au financement étranger et a promulgué une loi d'amnistie qui a libéré les prisonniers politiques. Il a également licencié Vladimir Padrino López du ministère de la Défense, poste qu'il a occupé pendant plus de onze ans, et éliminé les organisations liées au réseau chaviste, dont le centre de coordination du renseignement de l'État. Aucune de ces mesures n’aurait été possible sans l’aval de Washington.
Le rythme s'est accéléré. Le 13 mars, le Trésor a levé les restrictions sur le secteur de l'énergie et de la pétrochimie, avec l'autorisation d'opérer avec la compagnie pétrolière publique PDVSA, bien que sous contrôle américain et à l'exclusion de la Chine, de la Russie et de l'Iran. Deux semaines plus tard, il autorisait les transactions avec le secteur minier, dont l'or. Le 30 mars, l'ambassade américaine à Caracas a officiellement repris ses activités, mettant fin à une rupture diplomatique remontant à 2019.
Trump a déclaré que Rodríguez était disposé à travailler avec les États-Unis et que la politique de Washington visait, entre autres objectifs, à diriger les ventes et les revenus du pétrole vénézuélien pour limiter le rôle de ses adversaires dans ce secteur. Le schéma qui en résulte est sans précédent : les revenus pétroliers sont déposés sur des comptes sous le contrôle du Trésor, les sociétés agréées opèrent avec des licences révocables à tout moment et tout accord avec la Chine, la Russie ou l’Iran nécessite l’approbation préalable de Washington.
Les critiques avertissent que de cette manière, il n’y aura pas de progrès substantiels en termes de droits de l’homme ni de voie claire vers des élections libres. Les militants soulignent que la loi d'amnistie est appliquée de manière discrétionnaire et que quelque 500 prisonniers politiques restent détenus. L’opposition démocratique, quant à elle, se réorganise dans un scénario où l’interlocuteur officiel de l’Occident continue d’être une figure forgée dans le noyau dur du chavisme.
Pour Rodríguez, la levée des sanctions personnelles représente une légitimation qu’il revendique explicitement depuis des mois. Ce qu’il a obtenu, cependant, c’est sa propre libération de la liste noire, et non la fin du régime général de sanctions qui continue de peser sur PDVSA et sur le régime vénézuélien en tant que structure. La différence entre les deux définit les véritables limites de l'accord : Rodríguez peut fonctionner comme un interlocuteur valable, mais le contrôle des actifs du pays reste entre les mains de Washington.