Le processus judiciaire en Équateur pour l'assassinat des quatre enfants du secteur de Las Malvinas, à Guayaquil, a avancé la semaine dernière avec de nouvelles révélations qui choquent même un pays déjà habitué à vivre avec la violence. Lors de la dernière audience, le Parquet a présenté des éléments d'expertise, des témoignages et des vidéos qui soutiennent l'accusation portée contre 17 militaires, auxquels il attribue la disparition forcée ayant entraîné la mort d'Ismael et Josué Arroyo, âgés de 15 et 14 ans ; Nehemías Arboleda, 15 ans; et Steven Medina, 11 ans. Les quatre mineurs ont été détenus de manière irrégulière lors d'une opération militaire le 8 décembre 2024 et sont apparus quelques jours plus tard, brûlés et portant des signes de torture, dans une zone boisée proche de la base militaire de Taura.
Le procureur chargé de l'affaire, Christian Fárez, a présenté devant la juge Carolina Ordóñez un récit basé sur une expertise anthropologique, des rapports criminalistiques, des vêtements brûlés trouvés à proximité du lieu de découverte, des témoignages de soldats et de témoins protégés. Selon Fárez, les éléments recueillis permettent d’affirmer qu’il y avait une « intention de nuire » et une « action consciente visant à la souffrance et à l’élimination des mineurs ». Le dossier contient au moins quatre versions décrivant des attaques, des passages à tabac et des humiliations commis contre les adolescents alors qu'ils étaient en détention militaire.
Il a été révélé que dans des fragments d'une vidéo trouvée sur l'un des téléphones saisis, on voit un militaire forcer un mineur à se battre, « comme s'il s'agissait d'une sorte de boxe forcée ». Le Bureau du Procureur soutient que ces preuves contredisent complètement la version initiale présentée par les policiers en uniforme, qui affirmaient que les garçons se seraient enfuis d'eux-mêmes après avoir été libérés.

Les enfants faisaient partie de familles de travailleurs et participaient activement à des activités sportives, artistiques et communautaires. Ismael et Isaías Arroyo ont joué au football fédéré et ont accumulé des médailles et des reconnaissances sportives. Nehemías se distinguait par son talent pour le chant et était membre de chorales sociales. Steven, le plus jeune, fréquentait la catéchèse, participait à des programmes éducatifs et rêvait de devenir footballeur. Selon leurs proches lors d'entretiens précédents, ils avaient tous les quatre quitté la maison ce jour-là pour jouer, comme n'importe quel après-midi dans le quartier. La reconstitution du parquet coïncide : ils ont été interceptés alors qu'ils rentraient chez eux.
Le récit recueilli par l'enquête comprend des scènes particulièrement cruelles. Un policier aurait placé sa botte sur le cou de Steven, 11 ans, et le garçon aurait reçu 20 à 30 fessées avec une ceinture. Les versions incorporées au dossier font état de coups de poing, de coups de pied, d'insultes et de menaces. Les parents ont dû écouter chaque détail au milieu du chagrin le plus cruel : sachant que la dernière chose que leurs enfants ressentaient était la peur, la douleur et les punitions inutiles.

Les restes retrouvés à Taura, très calcinés et mutilés, ont compliqué le travail médico-légal, mais le parquet affirme que les tests génétiques et les preuves recueillies sur le terrain permettent de soutenir l'accusation. Parmi les éléments, les experts ont précisé que certains vêtements brûlés, retrouvés dans un ravin voisin, coïncident avec ceux que portaient les mineurs le jour de leur arrestation. Le témoignage d'un militaire qui affirmait avoir entendu la phrase : « Nous sommes arrivés à l'endroit où ils vont mourir », attribuée à l'un des accusés alors qu'ils transportaient les garçons hors de la ville, était également inclus.
Ces révélations ont provoqué un choc parmi les citoyens qui ont exprimé leur indignation face aux agissements des militaires sur les réseaux sociaux. Le parquet insiste sur le fait que les faits correspondent au chiffre d'une disparition forcée ayant entraîné la mort, un crime contre l'humanité. Les familles exigent que le processus avance sans pression et que la justice, pour une fois, arrive avant l'oubli. Ni les Forces armées, ni le ministère de la Défense, ni le gouvernement n'ont fait de commentaires.