Depuis une église des États-Unis, l'évêque auxiliaire de Managua, Silvio Báez, a prononcé ce dimanche une homélie mêlant réflexion pascale et dénonciation politique. Le message était un plaidoyer contre les systèmes gouvernementaux qui, selon ses propres termes, « s’imposent avec terreur aux gens, leur enlevant leur liberté ». Pour Báez, ces régimes sont, quelle que soit leur rhétorique, des « ennemis de la paix ».
Le religieux réside aux États-Unis depuis avril 2019, après avoir reçu des instructions du regretté pape François de quitter le Nicaragua pour des raisons de sécurité. Dans son homélie, il a souligné que « la paix n’est pas un simple équilibre de forces et ne s’identifie pas à la tranquillité des cimetières », rejetant le récit du régime de Daniel Ortega et Rosario Murillo, qui présente le pays comme un territoire calme.
Les paroles de l’évêque s’inscrivent dans le contexte d’un exode aux proportions historiques. Selon les données du Collectif des droits de l'homme pour la mémoire historique du Nicaragua, au moins 800 000 Nicaraguayens, soit 11,6 % de la population, ont quitté ou ont été bannis du pays entre avril 2018 et novembre 2025.
En février 2023, le régime sandiniste a privé Báez de sa nationalité par décret, une mesure approuvée plus tard par une réforme constitutionnelle de 2025 qui élève la perte de la citoyenneté au rang constitutionnel pour ceux que le régime considère comme une menace à la « souveraineté nationale ».
La persécution du clergé est l’un des chapitres les plus documentés de ce processus. La chercheuse Martha Patricia Molina, auteure du rapport Nicaragua : une Église persécutée, dénombre plus de 1 010 attaques contre l'Église catholique et plus de 16 500 activités religieuses interdites depuis 2018.

Le régime a expulsé plus de 300 prêtres et religieux, dont quatre évêques. Le Groupe d'experts des droits de l'homme des Nations Unies a conclu que cette persécution constitue un crime contre l'humanité. L'organisation Aide à l'Église en Détresse place le Nicaragua comme le seul pays d'Amérique latine dans la catégorie à risque maximum de persécution religieuse dans son rapport 2025, comparable à l'Afghanistan ou à la Corée du Nord.
L'origine de la crise remonte à avril 2018, lorsque des manifestations contre une réforme des retraites ont conduit à une répression qui, selon l'ONU, a fait plus de 300 morts. Les églises ouvrent leurs portes aux blessés et aux persécutés, et le clergé dénonce la violence d’État. Ortega – au pouvoir depuis 2007, réélu pour un cinquième mandat en 2021 avec ses principaux rivaux en prison ou en exil – traite depuis l'Église comme un adversaire capable de mobiliser la société civile.
Báez, dont le pape Léon L'horizon qu'il décrit reste sans date pour les centaines de milliers de Nicaraguayens qui, pour l'instant, n'ont aucun pays vers lequel retourner.