Le réseau de propagande numérique simule des journaux télévisés, utilise des acteurs et est diffusé sous forme de publicité segmentée sur YouTube. Il a réussi à installer des contenus favorables à Delcy Rodríguez devant le public vénézuélien, selon l'enquête.
La conception de la campagne répond à une logique précise : éviter les formats de propagande traditionnels et adopter des codes propres au langage informatif. « Une propagande qui ressemble à de la propagande n'est pas aussi efficace », a déclaré González. En ce sens, les contenus sont présentés comme des pièces journalistiques, même si leur diffusion dépend exclusivement d’investissements publicitaires.
Contrairement aux précédents récents, les présentateurs ne sont pas des avatars générés par l’intelligence artificielle. L'enquête a identifié des acteurs embauchés pour jouer les présentateurs de journaux télévisés, avec des accents et des styles différents. Ce changement, selon González, répond à un apprentissage antérieur : les faux programmes d’information à l’apparence crédible sont conçus pour diffuser des récits spécifiques.
Dans ce contexte, González détaille comment l'opération a été détectée, quels éléments permettent de l'identifier comme une campagne d'influence et quelles sont ses implications pour l'écosystème informationnel vénézuélien. Ci-dessous l'entretien complet.
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—Comment sont nées les recherches sur cette campagne sur YouTube ?
—D'après les rapports de notre communauté. Nous disposons d'un chatbot grâce auquel nous recevons des alertes en cas de désinformation. Au début du mois, des messages ont commencé à arriver d'utilisateurs vénézuéliens qui voyaient sur YouTube des publicités qui ressemblaient à des journaux télévisés. Nous avons également détecté des commentaires sur les réseaux sociaux de personnes se demandant qui se cachait derrière cela. À partir de là, nous démarrons le suivi, identifions l’annonceur et reconstruisons le réseau vidéo. C’est une affaire qui a des précédents : en 2023, nous avions déjà détecté des structures similaires liées à des opérations d’influence secrètes.
—Pourquoi ce type de stratégies est-il utilisé dans le contexte vénézuélien ?
— Parce qu’ils cherchent à détacher le contenu de l’appareil d’État. Tant que le financement ne peut être retracé, il n’existe aucun moyen direct de l’attribuer. De plus, la propagande explicite est moins efficace : le public sait que certaines chaînes répondent au gouvernement et ne les consomme tout simplement pas. Au lieu de cela, ces pièces sont insérées dans des espaces où les gens s'informent, comme YouTube, et fonctionnent comme une contrepartie au contenu des médias ou des journalistes indépendants.
—Est-ce une tentative d’influencer le récit informatif ?
-Ouais. Il ne suffit pas d’avoir ses propres médias si l’on n’intervient pas dans les espaces où circule l’information. Ces campagnes cherchent à pénétrer ces publics avec des contenus qui se veulent journalistiques, mais répondent à une logique de propagande.
— Contrairement à d’autres cas, on utilise ici de vrais acteurs et non des avatars. Parce que?
— Il y a un apprentissage préalable. Lors d’expériences précédentes avec l’intelligence artificielle, une réaction du public a été générée qui a permis d’identifier l’opération. À cela s’ajoutaient des restrictions imposées par les plateformes technologiques. A ce stade, les acteurs sont choisis pour éviter ce type de signaux. Le résultat est le même : de faux bulletins d’information d’apparence crédible sont construits pour diffuser des récits spécifiques. Il ne s’agit pas nécessairement de désinformation au sens strict, mais plutôt d’une opération d’influence qui sélectionne et présente des fragments de réalité de manière partielle.
— Comment cette campagne s'inscrit-elle dans les règles de plateformes comme YouTube ?
— Les opérations d’influence sont conçues pour se dérouler dans les limites de ces normes. Ces contenus sont présentés comme des journaux télévisés et non comme de la propagande politique. Ce n’est que lorsque l’ensemble est analysé qu’un modèle peut être identifié. Les plateformes ne détectent pas toujours ces cas sans enquêtes externes. Le problème est que les mesures arrivent généralement après que le contenu ait déjà été vu des millions de fois.
— Qu’a-t-on pu établir sur les entreprises impliquées ?
— Certaines indications font état d'une société de communication politique en Argentine, même si elles le nient. Dans notre cas, nous avons trouvé des enregistrements de domaines liés à cette entreprise dans une partie du réseau de sites Web associés. Indépendamment, les journalistes ont identifié des liens similaires à partir de témoignages. Ce n'est pas la première fois que des entreprises de ce type apparaissent dans des opérations liées au Venezuela.
—Quel rôle jouaient les acteurs qui apparaissent dans les vidéos ?
—Dans certains cas, ils ont été convoqués pour des travaux de voix off sans informations complètes sur la destination du matériel. L'une des participantes a expliqué qu'elle n'avait pas signé de contrat et qu'elle ignorait que celui-ci comportait un contenu politique. Ceci suggère une utilisation ultérieure du matériau différente de celle initialement proposée.
— L'enquête mentionne également un réseau de sites Internet. Qu’est-ce que cela implique ?
— Ce n'est pas seulement une campagne vidéo. Il existe une infrastructure plus large : sites qui simulent des médias, comptes sur différentes plateformes, production de contenu et publicité publicitaire. Il s’agit d’une opération qui s’inscrit dans la durée et non d’une action ponctuelle.
—Quel investissement nécessite une telle structure ?
— Il n'y a pas de chiffres précis, mais le volume de vues implique un investissement de plusieurs millions de dollars en publicité. À cela s’ajoutent les coûts de production, l’embauche de personnel et le développement de l’infrastructure numérique. Il s’agit d’un déploiement important.
— Que peut-on espérer désormais ?
— Il est probable que de nouveaux témoignages apparaissent, notamment de la part de personnes ayant participé à la production. Ce type d’enquête progresse généralement à mesure que davantage de sources et de preuves émergent.