Aux premières heures de dimanche, une émeute à la prison de Machala, dans la province d'El Oro (sud-ouest de l'Équateur), a fait au moins quatre morts et plus de quarante blessés, dont un policier. Les autorités du Service national d'assistance intégrale aux personnes privées de liberté (SNAI) ont confirmé le nombre de décès dans un communiqué publié sur le réseau social X, sans préciser s'il s'agissait de détenus ou de fonctionnaires.
L'incident s'est produit lorsque le personnel pénitentiaire a alerté sur une émeute dans l'établissement de Machala. Une « équipe tactique » de la Police nationale de l'Équateur est intervenue et a repris le contrôle total des installations. Selon le SNAI, la révolte a éclaté en protestation contre la réorganisation des détenus en vue de leur transfert dans une nouvelle prison à sécurité maximale.
La prison concernée, connue sous le nom de « CPL El Oro No. 1 » à Machala, avait déjà enregistré des épisodes d'extrême violence. En septembre 2025, une autre émeute avait fait au moins 31 morts et plusieurs blessés dans la même prison en raison d'affrontements entre gangs. Ce contexte fait de cette nouvelle flambée un avertissement selon lequel la crise carcérale équatorienne reste sans solution.
La province d'El Oro, située sur la côte et voisine du Pérou, est devenue un théâtre récurrent d'émeutes carcérales en Équateur, où les prisons sont saturées et largement déléguées au contrôle de gangs qui opèrent en dehors de l'État. Depuis 2021, plus de 500 détenus sont morts dans des émeutes similaires dans le pays, selon les données du PA.

L’Équateur traverse une crise du système pénitentiaire qui va bien au-delà de l’incident de Machala. La surpopulation, le pouvoir des organisations criminelles au sein des prisons – comme le gang Los Choneros – et l’infiltration persistante d’armes sont quelques-unes des causes structurelles. Le gouvernement du président Daniel Noboa a déclaré en janvier 2024 que le pays connaissait un « conflit armé interne » lié au crime organisé et a ordonné une intervention militaire dans les prisons.
Selon certaines informations, les affrontements ont commencé vers 02h45, heure locale, lorsque les détenus se sont révoltés et se sont affrontés dans différentes ailes de la prison, provoquant des explosions, des incendies et le chaos. Les premiers bilans faisaient état de 43 blessés, dont au moins un policier grièvement blessé.
La mesure de réorganisation des détenus qui a motivé l'émeute répond au transfert prévu vers une nouvelle prison à sécurité maximale que le gouvernement est en train de construire dans la zone côtière. Les autorités pénitentiaires affirment que ces transferts font partie de la stratégie visant à démanteler les réseaux criminels au sein des prisons. Toutefois, dans la pratique, l’initiative a été minée par le manque de temps, de ressources et de coordination.

Les spécialistes de la sécurité soulignent que tant que le régime intérieur n'est pas transformé, que le contrôle efficace de l'État est garanti et que l'impunité est réduite, les émeutes dans les prisons continueront d'être monnaie courante en Équateur. La surveillance des prisons, l'amélioration des infrastructures, la formation du personnel et la lutte contre la contrebande d'armes et d'explosifs sont des points identifiés comme prioritaires.
Pour la population de Machala, ville portuaire d'environ 300 000 habitants, l'épisode renouvelle le sentiment de vulnérabilité : la prison occupe un espace sensible dans l'imaginaire collectif et les voisins rapportent avoir entendu des explosions et des cris au petit matin.