La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a déposé devant la Cour interaméricaine des droits de l'homme (Cour interaméricaine) une affaire contre l'État équatorien pour détention illégale, torture et exécution extrajudiciaire de trois personnes, événements survenus lors d'une opération de police au début des années 2000 et qui, selon l'organisation régionale, restent marqués par l'impunité. Le dossier a été envoyé le 27 octobre 2025 et rendu public le 29 décembre de la même année.
L'affaire, identifiée sous le numéro 13.167, découle d'une pétition reçue par la CIDH en juillet 2004. Elle faisait état de l'arrestation de Pedro Baque Tuárez et des frères Carlos Enrique et Pedro Jorge Jaramillo Mera, arrêtés parce qu'ils étaient suspects dans la mort d'un policier. Selon la Commission, pendant leur détention par l'État, de graves violations des droits de l'homme ont eu lieu : les frères Jaramillo ont été exécutés de manière extrajudiciaire, tandis que Pedro Baque a été soumis à des actes de torture et a reçu de multiples blessures par balle.
Selon l'analyse du contexte réalisée par la CIDH, les victimes n'ont pas été informées des raisons de leur détention ni mises à la disposition d'une autorité compétente, en violation des garanties fondamentales d'une procédure régulière.

En outre, la première enquête sur les événements a été menée par des organismes liés aux agents accusés eux-mêmes, ce qui a gravement compromis leur indépendance et leur impartialité. L'organisation régionale a également confirmé que des procédures essentielles avaient été omises, telles que la réalisation d'autopsies et la reconnaissance en temps utile du lieu des événements, ce qui a empêché la pleine clarification des responsabilités pénales.
Dans le domaine judiciaire national, en 2002, cinq policiers ont été condamnés à douze ans de prison pour ces événements. Cependant, la CIDH a averti que la peine n'avait été que partiellement exécutée : un seul des condamnés avait été capturé, tandis que les autres étaient toujours en liberté. Cette situation a conduit à la prescription de leurs peines en 2015, après plus d'une décennie sans que l'État ne soit en mesure d'exécuter les peines. Pour la Commission, le manque de diligence et de contrôle dans la capture des personnes condamnées constitue une violation du devoir de l'État de garantir la justice.
Dans son rapport sur la recevabilité et le fond n° 333/22, la CIDH a conclu que Carlos Enrique et Pedro Jorge Jaramillo avaient été privés de la vie par des agents de l'État alors qu'ils étaient en détention, ce qui constitue des exécutions extrajudiciaires. De même, il a déterminé que les actes subis par Carlos Jaramillo et Pedro Baque étaient intentionnels, causaient d'intenses souffrances physiques et visaient à les forcer à avouer des crimes qu'ils n'avaient pas commis, c'est pourquoi il a qualifié ces événements de torture. La Commission a également noté que les détentions arbitraires, la torture et les exécutions ont généré souffrance et angoisse au sein des familles des victimes, affectant leur intégrité psychologique et morale.
Sur la base de ces constatations, la CIDH a établi que l'État équatorien est responsable de la violation des droits à la vie, à l'intégrité personnelle, à la liberté personnelle, aux garanties judiciaires et à la protection judiciaire, consacrés dans les articles 4, 5, 7, 8 et 25 de la Convention américaine relative aux droits de l'homme, en relation avec l'obligation générale de respect et de garantie prévue dans son article 1.1, au détriment de Pedro Baque Tuárez, Carlos Enrique et Pedro Jorge Jaramillo Mera et des membres de leurs familles.
En renvoyant l'affaire devant la Cour interaméricaine, la Commission a demandé que la Cour interaméricaine ordonne des mesures de réparation globales. Il s'agit notamment de mesures de compensation et de satisfaction financières, ainsi que de soins de santé physique et mentale pour Pedro Baque et les proches des victimes, sur une base volontaire et concertée. Il a également appelé à des enquêtes complètes et efficaces pour déterminer et punir tous les responsables, sans que la prescription ne soit utilisée comme un obstacle, et à la mise en œuvre de garanties de non-répétition, telles que des programmes de formation des fonctionnaires judiciaires et des procureurs aux normes internationales en matière d'enquête sur les exécutions extrajudiciaires.