Les États-Unis ont réitéré leur soutien à la stabilité et à la sécurité en Haïti lors d'une rencontre entre le secrétaire d'État, Marco Rubio, et la Première ministre haïtienne, Alix Didier Fils-Aimé, dans le cadre du sommet des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (Caricom).
Comme l'a rapporté l'ambassade américaine à Port-au-Prince, Rubio a souligné l'importance de renforcer la sécurité en Haïti contre les gangs armés et a réaffirmé le soutien du pays nord-américain, notamment à travers la Gang Suppression Force (GSF).
« Les États-Unis tiendront pour responsables ceux qui soutiennent les gangs, y compris les politiciens corrompus qui contribuent à la déstabilisation d'Haïti », a prévenu le chef de la diplomatie américaine.
À son tour, il a déclaré au réseau C-SPAN que le GSF « devient plus fort », même s’il reconnaît que davantage de ressources sont nécessaires. Dans le même temps, il a expliqué que la force internationale opérerait sous les auspices de l'ONU et a considéré qu'il était essentiel que l'ONU démontre sa capacité à résoudre le problème.
« L'objectif serait d'intervenir sur le terrain et de permettre aux autorités haïtiennes de reprendre le contrôle du territoire aux mains de ces gangs », a-t-il précisé.
La réunion a eu lieu dans le cadre de la 50ème réunion des chefs de gouvernement de la Caricom, au cours de laquelle Fils-Aimé a noté qu'Haïti fait des progrès dans la lutte contre les gangs et s'est dit confiant que des élections auront lieu cette année. Le Premier ministre a souligné le récent accord signé par la majorité des partis politiques pour promouvoir la stabilité et avancer vers la tenue d'élections dont le premier tour est prévu le 30 août.
En parallèle, la Police nationale haïtienne a rapporté avoir tué samedi au moins 16 membres de gangs lors d'une opération à Kenscoff, au sud de la capitale. Haïti traverse une profonde crise politique et sociale, alors que le Bureau intégré des Nations Unies dans le pays (Binuh) a fait état de près de 6 000 morts et 2 708 personnes blessées en 2025 à la suite de la violence des gangs et des opérations de sécurité.
Au moins 299 personnes ont été tuées en Haïti courant janvier 2026, victimes de fusillades ou d'affrontements, selon un bilan publié le 11 février par l'ONG locale Ordre des défenseurs des droits de l'Homme (Ordedh). L'organisation dénonce une « explosion des enlèvements » qui remet en cause la capacité de l'État à garantir la sécurité.
« Ce bilan, d'une gravité insupportable, illustre une réalité dans laquelle mourir est devenu un risque quotidien pour tous les Haïtiens », a déclaré l'organisation, qui prévient que les victimes « ne sont pas seulement des statistiques, mais des familles brisées et un tissu social qui se déchire chaque jour un peu plus sous le regard d'une société traumatisée ».
Le rapport attribue 42,81% des décès enregistrés aux actions des groupes armés, notamment de la coalition Viv Ansanm. Les civils restent particulièrement vulnérables, représentant 32,11% des victimes, ce qui montre « l'impact disproportionné » de la violence sur la population.
Le document met également en garde contre la hausse des enlèvements, un phénomène qui « paralyse l'esprit même de la population ». Malgré les annonces officielles et les efforts de la Police Nationale d'Haïti (PNH), les enlèvements persistent comme un défi que l'institution n'a pas su relever, a conclu l'ONG.
Selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), la situation « a atteint des niveaux catastrophiques, avec des groupes criminels alliés intensifiant leurs attaques coordonnées à grande échelle contre la population et les infrastructures clés de l’État ». Ces groupes criminels « ont rapidement étendu leurs attaques et leurs zones de contrôle, paralysant une grande partie du pays et obligeant les groupes d’aide humanitaire à suspendre leurs activités ».