La Cour constitutionnelle de l'Équateur a statué qu'un seul acte grave peut constituer du harcèlement au travail

La Cour constitutionnelle de l'Équateur a établi qu'un seul acte peut suffire à constituer une violence et un harcèlement au travail dans le pays, sans qu'il soit nécessaire de démontrer que le comportement était systématiquement répété.

La décision est consignée dans l'arrêt 99-22-IN/26, rendu le 19 février 2026 et rendu public par la Cour en mai. La décision a déclaré l’inconstitutionnalité additive de l’expression « exercé à plusieurs reprises », contenue dans la définition légale du harcèlement au travail. Désormais, la règle doit être comprise comme un comportement portant atteinte à la dignité de la personne, exercé « une fois ou de manière répétée ».

La résolution répond à une action publique d'inconstitutionnalité présentée par des citoyens qui mettaient en doute le fait que l'exigence de redoublement laissait sans protection les personnes touchées par des événements uniques, mais particulièrement graves, survenus dans le milieu de travail.

Jusqu'à cet arrêt, le Code du travail et la loi organique de la fonction publique indiquaient que le harcèlement au travail devait consister en des comportements répétés. En pratique, cela obligeait les victimes à prouver que le harcèlement s'était répété dans le temps, même lorsqu'un seul épisode avait provoqué une humiliation, des dommages psychologiques ou des effets sur leur situation professionnelle. La Cour a conclu que cette exigence, appliquée comme une exigence absolue, générait un « déficit de protection » incompatible avec le droit de travailler dans des conditions décentes et avec l’interdiction constitutionnelle de toute forme de violence et de discrimination sur le lieu de travail.

Photographie d'archives dans laquelle une équipe de police a été capturée gardant l'entrée principale du siège de la Cour constitutionnelle de l'Équateur, à Quito (Équateur). EFE/José Jacôme

Dans son analyse, le tribunal a noté que la Constitution équatorienne, dans ses articles 33 et 331, garantit le droit à un travail exempt de violence et de harcèlement. Il a en outre rappelé que l'Équateur avait ratifié la Convention 190 de l'Organisation internationale du travail, qui reconnaît expressément que la violence et le harcèlement peuvent survenir « une fois ou à plusieurs reprises ».

La décision ne signifie pas que tout désaccord entre patron et travailleur constitue du harcèlement au travail. Pour qu'un comportement soit considéré comme tel, il doit continuer à constituer une atteinte à la dignité de la personne, potentiellement préjudiciable et susceptible de causer une déficience, une humiliation ou un préjudice dans sa situation de travail. C’est-à-dire que la gravité de l’événement et ses conséquences seront les éléments centraux de l’analyse, qu’il se soit produit une ou plusieurs fois.

La décision a des effets tant pour le secteur privé que pour le secteur public. Dans le premier cas, cela modifie l'interprétation de l'article 46.1 du Code du travail. Dans le second, la définition prévue dans la loi organique de la fonction publique change.

Cela implique que les employeurs et les institutions doivent revoir leurs protocoles internes pour prévenir et lutter contre le harcèlement au travail, ainsi que les mécanismes de signalement et de sanction.

Les messages WhatsApp, les courriels et les évaluations psychologiques constituent des preuves pleinement valables devant la justice colombienne dans les cas de harcèlement sexuel au travail - crédit VisualesIA

Les spécialistes du droit du travail ont souligné que la décision réduit l'un des obstacles à la preuve les plus difficiles pour les victimes. En vertu des réglementations précédentes, de nombreuses affaires ont échoué parce que la poursuite du comportement n'a pas pu être démontrée, malgré la gravité de l'incident signalé.

L'arrêt souligne également la nécessité pour les autorités administratives et judiciaires d'évaluer chaque cas en fonction de ses circonstances spécifiques, en tenant compte de l'impact physique, psychologique ou économique sur la personne concernée.

En Équateur, la violence et le harcèlement au travail ont fait l'objet d'une plus grande attention ces dernières années, notamment après la ratification de la Convention 190 de l'OIT et l'approbation de réglementations spécifiques visant à prévenir ces comportements.

Cependant, les avocats du travail ont averti que des défis persistent dans l'application effective de ces réglementations, en particulier dans les cas impliquant des travailleurs ayant des contrats précaires, des services professionnels ou des relations de travail informelles. Pour des milliers de travailleurs équatoriens, cette décision représente un outil supplémentaire pour exiger des conditions de travail respectueuses.