Les enquêtes sur la fraude immobilière au Salvador ouvrent une nouvelle étape avec les témoignages des familles concernées

Le processus judiciaire dans le cas de Corporación Argoz SA de CV est entré dans une nouvelle étape avec le début des déclarations des victimes, qui raconteront au tribunal comment elles ont été affectées par l'une des plus grandes fraudes immobilières de l'histoire récente du Salvador.

Selon le Bureau du Procureur général (FGR), la structure fonctionnait depuis 1980, vendant des lotissements dans tout le pays sans disposer des autorisations légales requises et sans réglementation d'aucune entité compétente.

Dans la journée, les victimes raconteront avoir remis des sommes allant de 1 800 à 23 000 dollars par personne, sous la promesse de recevoir les actes publics de vente de leurs parcelles. Les familles, dont beaucoup disposaient de ressources limitées, effectuaient des paiements de manière constante pendant des années. Cependant, après avoir effectué le paiement intégral, l’entreprise n’a jamais respecté son engagement de fournir les documents prouvant la propriété. Les données officielles de la FGR confirment que les personnes concernées n'ont jamais obtenu de soutien juridique pour les terres acquises.

Selon Law and Business, la société Argoz a mis en œuvre un système dans lequel elle vendait des terres rurales au moyen de contrats de location avec promesse de vente, en utilisant diverses sociétés écrans pour lever des fonds.

Une fois les paiements finalisés, de nombreux acheteurs ont reçu des lettres d'annulation ou de faux actes, car le terrain n'était pas enregistré au Centre d'enregistrement national et ne disposait pas de permis de construire.

Les victimes raconteront au tribunal comment elles ont remis entre 1.800 et 23.000 dollars pour des lots qu'elles n'ont jamais reçus légalement des membres de cette société./(Bureau du Procureur général)

La structure, dirigée par des membres de la famille Gómez Farfán et d'autres partenaires, a mobilisé plus de 46 millions de dollars, un chiffre confirmé par la FGR comme le montant total escroqué auprès de centaines de Salvadoriens.

Au cours de l'enquête, la FGR et la Police Nationale Civile (PNC) ont procédé à de multiples perquisitions et capturé au moins 16 personnes, parmi lesquelles des directeurs, des employés de confiance et des hommes de paille présumés.

Parmi les accusés figurent Leticia Farfán, Rodrigo Gómez, Natalia Gómez, Edwin Rivera et Mónica Sanabria, qui font face à des accusations de fraude aggravée, de commercialisation irrégulière de biens immobiliers, de groupement illicite et de blanchiment d'argent.

L’enquête du FGR a révélé que le réseau avait recours à des sociétés écrans et à des usuriers pour rendre difficile la traçabilité des fonds, dont beaucoup étaient utilisés pour des dépenses personnelles et des produits de luxe. Au cours des opérations, les autorités ont saisi des sommes considérables en espèces et des véhicules, en plus de saisir les biens des principales parties impliquées.

Le processus judiciaire se poursuit devant les tribunaux spécialisés, tandis que les enquêtes révèlent davantage de cas de fraude immobilière./(Bureau du Procureur général)

Cette affaire a mobilisé les ressources du ministère du Logement, dirigé par la ministre Michelle Sol, pour régulariser la situation juridique de milliers de familles concernées.

En janvier 2026, le gouvernement salvadorien avait réussi à légaliser plus de 118 500 lots et à délivrer des actes à plus de 71 000 familles, même si de nombreuses personnes concernées restent sur la liste d'attente pour recevoir leurs titres de propriété. Les lots régularisés ont permis la récupération de biens nationaux évalués à 1,185 millions de dollars, selon les données officielles.

La procédure judiciaire reste sous la juridiction des tribunaux spécialisés dans la criminalité organisée. Les autorités ont réitéré leur engagement en faveur de la justice sociale et du rétablissement des droits des personnes concernées.

Le procureur général, Rodolfo Delgado, a indiqué que les enquêtes se poursuivent et que l'on s'attend à l'émergence de nouveaux cas liés à des stratagèmes frauduleux similaires, puisque le problème a eu des répercussions dans différents départements du pays.

Le Bureau du Procureur général confirme qu'aucun acheteur n'a obtenu de support juridique ou d'actes pour le terrain acquis./(Bureau du Procureur général)

L'audition des victimes représente une étape clé pour établir l'ampleur des dégâts et documenter le fonctionnement du réseau. La FGR soutient que ces déclarations permettront de démontrer comment la structure a escroqué des milliers de Salvadoriens et de documenter le défaut de délivrance des actes malgré les paiements effectués, un fait qui a marqué la vie patrimoniale de nombreuses familles du pays.