Le Panama se prépare à faire face à l’un des plus grands changements démographiques des prochaines décennies : une population de plus en plus vieillissante et une augmentation accélérée du nombre de personnes qui auront besoin de soins permanents.
Face à ce scénario, le pays a commencé à mettre en œuvre un système qui permettra de mesurer, avec des critères techniques, quels citoyens ont besoin d'un soutien pour les activités de base comme se nourrir, se déplacer ou se nettoyer, une évaluation qui déterminera qui aura la priorité pour accéder aux services de soins publics.
L'outil, connu sous le nom d'Échelle d'évaluation de la dépendance, fait partie du développement du Système National de Soins, créé par la Loi 431 de 2024, une norme qui reconnaît pour la première fois le droit aux soins et établit la responsabilité de l'État d'organiser un réseau de services pour les personnes qui, en raison de leur âge, de leur handicap ou de leur état de santé, ont besoin d'un soutien pour développer leur vie quotidienne.
Jusqu’à présent, le Panama ne disposait pas d’un mécanisme uniforme permettant de déterminer qui avait besoin de soins et à quel niveau. Chaque institution utilisait ses propres critères, ce qui rendait difficile l'établissement de priorités et la répartition équitable des ressources publiques.

Avec la nouvelle échelle, le ministère du Développement social (MIDES), avec l'assistance technique et financière de la Banque interaméricaine de développement (BID), cherche à standardiser ce processus à travers une évaluation objective de l'autonomie de chaque personne.
Contrairement à un examen médical classique, l'instrument n'est pas destiné à diagnostiquer des maladies ou à établir des handicaps. Sa fonction est de mesurer le degré d'indépendance d'une personne pour accomplir les activités essentielles de la vie quotidienne, telles que se nourrir, s'habiller, bouger, maintenir son hygiène personnelle, communiquer ou prendre des décisions de base.
Sur la base de cette évaluation, le système classera les utilisateurs en trois niveaux de dépendance : dépendance modérée, sévère et grande, catégories qui serviront à définir le type de soutien dont ils ont besoin et à établir l'ordre de priorité pour accéder aux services du Système National de Soins.
La BID explique que ce type d'outil constitue l'un des piliers de tout système de soins moderne car il permet d'attribuer l'aide selon des critères homogènes et transparents, en évitant les décisions discrétionnaires et en orientant les ressources vers ceux qui en ont le plus besoin.

Bien que ces instruments soient utilisés en Europe depuis des décennies, leur mise en œuvre en Amérique latine reste encore limitée. L'Argentine, le Chili, le Costa Rica, l'Uruguay et la Barbade disposent déjà de systèmes similaires. Avec le développement d'une telle échelle, le Panama rejoint le groupe de pays de la région qui ont adopté des mécanismes standardisés pour évaluer la dépendance fonctionnelle.
La nécessité de cet outil répond à une réalité démographique qui commence à transformer le pays. Les résultats du XIIe Recensement national de la population et du logement réalisé en 2023 montrent que le Panama vieillit régulièrement.
Alors qu’en 1980 les personnes âgées de 65 ans et plus représentaient 4,3 % de la population, cette proportion est passée à 9,8 % en 2023, soit plus du double en un peu plus de quatre décennies. Dans le même temps, l’âge médian de la population est passé de 22 ans en 1990 à 30 ans en 2023, reflétant une fécondité plus faible et une espérance de vie plus élevée.
Les données officielles nous permettent de dimensionner davantage le défi. Le Panama compte actuellement 563 641 personnes âgées de 60 ans et plus, tandis que 47 508 ont 80 ans ou plus, un segment de la population qui est plus susceptible de nécessiter des soins permanents en raison de limitations fonctionnelles liées au vieillissement.

La BID prévient que cette pression va continuer à s’accentuer au cours des prochaines décennies. Les projections indiquent que le nombre de personnes âgées fonctionnellement dépendantes pourrait doubler d’ici 2035 et tripler d’ici 2050, ce qui obligera l’État à élargir considérablement la couverture des services de soins et à renforcer les capacités institutionnelles pour répondre à cette demande.
Dans cet objectif, le MIDES a entamé courant 2026 un processus de formation des équipes chargées d’appliquer le nouvel outil. Plus de 25 professionnels du ministère, du Secrétariat National du Handicap (Senadis) et d'autres entités publiques ont été formés pour devenir instructeurs et garantir que l'évaluation soit appliquée selon les mêmes critères dans toutes les provinces et régions du pays.
Toutefois, les spécialistes s’accordent à dire que disposer d’une échelle de notation n’est qu’une première étape. Le véritable défi sera de construire les infrastructures nécessaires pour desservir une population qui continuera de vieillir.
Cela implique d’élargir l’offre de centres de soins, de former davantage de soignants, de renforcer les programmes de soins à domicile et d’assurer un financement suffisant pour soutenir un système dont la demande va croître régulièrement.
Le changement implique également une transformation dans la manière d’appréhender les soins. Traditionnellement, cette responsabilité incombe presque exclusivement aux familles – et en particulier aux femmes – sans une politique publique globale qui articule les services de soutien.
Le système national de soins cherche à changer ce modèle grâce à un réseau organisé qui permet une répartition plus équitable des responsabilités entre l'État, les familles, les communautés et le secteur privé.