L'histoire de Gabriel Lozano Bonilla, 53 ans, a commencé à Buenaventura, en Colombie, mais a fini par être liée à une enquête internationale qui l'a amené à devenir le premier Costaricain naturalisé extradé vers les États-Unis depuis l'entrée en vigueur de la réforme constitutionnelle qui permet la livraison des nationaux exigés par d'autres pays.
Connu sous le pseudonyme de « Compadre », Lozano a été remis ce jeudi 13 août aux autorités américaines en compagnie de Gilbert Bell Fernández, alias « Macho Coca », également recherché par la justice américaine pour trafic international présumé de drogue.
Tous deux ont été transférés du Costa Rica à New York, où ils seront jugés devant la Cour fédérale du district sud de New York, une juridiction qui concentre certains des cas les plus importants de trafic de drogue et de crime organisé poursuivis par les États-Unis.
L'extradition de Lozano comporte un élément particulier : bien qu'il soit né en Colombie, il a ensuite obtenu la nationalité costaricaine, sa remise représente donc un précédent dans le nouveau programme d'extradition mis en œuvre dans le pays.
Lozano était privé de liberté au Costa Rica depuis novembre 2023, date à laquelle il était lié à l'affaire dite Corona, une enquête liée à des allégations de trafic international de drogue et de blanchiment d'argent.
Selon les autorités, l'organisation mise en cause aurait utilisé le territoire costaricain comme point d'opération pour acheminer de la cocaïne liquide vers l'Europe et l'Asie.
L’un des éléments les plus frappants du dossier est la méthode utilisée par l’organisation pour dissimuler les expéditions.
Selon l'enquête policière, la cocaïne a été soumise à un processus de transformation en liquide et a ensuite été placée dans des bouteilles de boisson.
Les conteneurs ont été conditionnés au moyen de colorants et d'autres procédures pour donner l'impression qu'ils contenaient des produits conventionnels destinés à la consommation.
La stratégie visait à faciliter le transfert international de drogues et à rendre plus difficile leur détection lors des contrôles des autorités.
Le dossier national relie également Lozano à un système présumé de blanchiment d'argent, c'est pourquoi son affaire est restée sous enquête au Costa Rica tandis que la demande des États-Unis progressait en parallèle.
Le procureur général Carlo Díaz a confirmé que l'extradition de Lozano avait été demandée par le gouvernement des États-Unis et que lui et Gilbert Bell étaient recherchés par le district sud de New York.
Selon Díaz, les enquêtes menées par la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis relient les deux hommes au Clan del Golfo de Colombie, une organisation identifiée par les autorités de ce pays pour ses activités liées au trafic de drogue.
L'enquête indique que cette structure aurait développé une succursale avec une participation au Costa Rica, à partir de laquelle auraient été coordonnées les opérations liées au transfert international de stupéfiants.
Le parquet a souligné que l'extradition avait été possible grâce à la coordination entre les autorités costaricaines et américaines.
Cette affaire représente également un nouvel exemple de l'application d'une législation qui permet la remise des citoyens costariciens vers d'autres pays lorsqu'il existe une exigence judiciaire pour certains crimes.

Le dossier américain impliquant Lozano a des antécédents remontant à avril 2015.
Selon des documents judiciaires, la DEA avait alors identifié une organisation internationale dédiée au trafic de drogue et opérant en Colombie et au Venezuela.
La structure aurait utilisé différents moyens de transport pour déplacer les marchandises, notamment des bateaux, des cargos, des avions et des jets.
Les destinations de la drogue comprenaient les marchés des États-Unis, du Canada, du Mexique et de l'Europe, selon les informations contenues dans le dossier.
L'enquête a permis aux autorités américaines de suivre la trace d'une organisation qui opérait via différents itinéraires et mécanismes de transport pour tenter d'échapper aux contrôles internationaux.
Au fil des années, les enquêtes ont également permis d'établir des liens présumés avec le Costa Rica et d'identifier des personnes qui auraient participé aux opérations menées depuis le territoire national.
Parmi eux se trouve Gabriel Lozano Bonilla, qui a ensuite obtenu la citoyenneté costaricaine.
L'opération d'extradition a eu lieu dans la matinée du 13 août.
Lozano a été transféré avec Gilbert Bell Fernández, alias « Macho Coca », des centres pénitentiaires où ils étaient détenus à l'aéroport international Juan Santamaría (AIJS).
Le déploiement a impliqué des fonctionnaires du Bureau du Procureur général, des forces de police, de la Direction générale de l'immigration et de l'immigration et des agents de la DEA.
Une fois à l'aérogare, la procédure formelle de livraison a été effectuée.
Les officiers costaricains ont retiré les menottes des extradés et les agents américains ont placé les leurs. Cette procédure a marqué le moment où tous deux ont été officiellement placés sous la garde des États-Unis.
L'avion de la DEA qui les transportait a décollé vers 8 h 58 et devait faire escale aux Bahamas avant de continuer vers New York.
À son arrivée aux États-Unis, Lozano sera sous la garde du US Marshals Service, une agence du ministère américain de la Justice chargée, entre autres fonctions, de garder et de transférer les personnes détenues sur décision d'un tribunal fédéral.

La destination judiciaire de « Compadre » sera le Tribunal Fédéral du District Sud de New York, où il devra répondre des accusations qui ont donné lieu à la demande d'extradition.
Cette juridiction a jugé certains des cas de trafic de drogue les plus connus au niveau international, notamment ceux de Joaquín « El Chapo » Guzmán et Rafael Caro Quintero, ainsi que de l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández.
Dans le cas de Lozano, les autorités américaines enquêtent sur sa participation présumée à une structure dédiée au trafic international de drogue et pour une prétendue association de fabrication et de distribution de cocaïne.
L'extradition marque ainsi la clôture de sa phase judiciaire immédiate au Costa Rica et le début d'un processus sur le territoire des États-Unis.