Le déplacement forcé interne est devenu l’une des conséquences les moins visibles de la violence au Honduras. Des familles entières sont contraintes de quitter leur communauté par crainte de perdre la vie, tandis que d’autres restent menacées et avec la possibilité latente de devoir partir.
Les archives du Commissariat National aux Droits de l'Homme (CONADEH) montrent qu'il ne s'agit pas de cas isolés. Entre 2016 et 2025, l’Unité des déplacements forcés internes (UDFI) a traité 10 077 plaintes liées au déplacement ou au risque de déplacement, impliquant 24 864 personnes.
Au cours de l'année 2025, l'UDFI a répondu à 676 plaintes et dans 576 d'entre elles, soit 85,3%, les événements étaient liés à des menaces directes contre la vie ou l'intégrité des victimes.
Les menaces sont en tête des cas enregistrés, avec 270 plaintes. Sont également documentés 70 tentatives d'homicide, 60 actes de violence domestique, 60 cas liés au meurtre de membres de la famille et 31 agressions qui ont fait des blessés.
À ces événements s’ajoutent des cas de violences sexuelles, d’enlèvements, de recrutement de filles, de garçons et d’adolescents et de disparitions forcées.
Dans bon nombre de ces scénarios, quitter la communauté a cessé d’être une décision volontaire et est devenu une mesure de survie.
La CONADEH a averti qu'il existe des zones du pays où des structures criminelles exercent un contrôle territorial et imposent des règles de comportement aux habitants. Lorsqu'une personne ne respecte pas ces dispositions ou est considérée comme une menace pour les intérêts du groupe, des intimidations et des attaques peuvent commencer qui finissent par entraîner le départ de la victime ou de toute sa famille.
Le problème est que fuir ne signifie pas automatiquement retrouver la sécurité.
Les personnes déplacées laissent souvent derrière elles leur foyer, leurs sources de revenus, leurs biens, leur famille, leurs amis et leurs réseaux communautaires. Lorsqu’ils arrivent ailleurs, ils doivent recommencer, souvent sans ressources et avec des difficultés à trouver un emploi, un logement ou un accès stable aux services de base.

L’impact affecte également particulièrement les groupes qui sont déjà confrontés à des conditions vulnérables. Les femmes, les filles, les garçons et les adolescents, les personnes âgées, les personnes handicapées, les personnes LGBTIQ+ et les membres des peuples autochtones peuvent être confrontés à de plus grandes difficultés pour reconstruire leur vie après un déplacement.
Dans le cas des familles, l'impact peut être encore plus grand, car le départ forcé peut provoquer la séparation entre ses membres et briser les liens qui soutenaient la communauté depuis des années.
La CONADEH considère que cette situation nécessite une réponse qui va au-delà de la prise en charge des victimes une fois qu'elles ont quitté leur domicile.
L'institution a recommandé à l'État de créer et de mettre en œuvre la Politique nationale de prévention des déplacements internes forcés, prévue dans la législation hondurienne, en priorité dans les départements où la violence représente de plus grands risques pour la population.
L'intention est d'intervenir avant que les menaces ne se transforment en déplacements et de développer des actions spécifiques dans les territoires où les niveaux de violence sont les plus élevés.
À cette fin, l'organisation a proposé que le gouvernement central et les municipalités élaborent des plans visant à prévenir et à désamorcer les menaces et autres événements violents qui peuvent pousser les gens à quitter leurs communautés.
Les enquêtes sur les crimes sont également considérées comme essentielles. La CONADEH a soutenu qu'il fallait mener des enquêtes indépendantes, impartiales, rapides, exhaustives, efficaces et transparentes, permettant d'identifier les responsables et de réduire les niveaux d'impunité.

Sans réponse efficace aux menaces, les victimes pourraient finir par comprendre que la seule façon de se protéger est de disparaître de l'endroit où elles vivent.
Les autorités doivent veiller à ce que les victimes aient la possibilité de reconstruire leur vie grâce à des solutions durables. Il peut s'agir d'un retour volontaire et sûr dans leur communauté d'origine, d'une intégration dans le lieu d'arrivée ou d'une réinstallation dans une autre région du pays.
Dans chacune de ces alternatives, les gens doivent bénéficier de conditions de sécurité et d’un accès aux droits fondamentaux.
L'ampleur du problème se reflète dans les dossiers accumulés sur 10 ans. Sur les 95 850 plaintes reçues par la CONADEH entre 2016 et 2025, plus de 10 000 étaient liées au déplacement forcé interne ou au risque de le subir.