La CIDH accorde des mesures de précaution en raison d'une crise sanitaire dans le pénitencier le plus violent d'Équateur

La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a accordé des mesures de précaution en faveur de toutes les personnes privées de liberté dans le centre de privation de liberté n°1 de Guayas, connu sous le nom de pénitencier du Litoral, après avoir conclu qu'elles se trouvent confrontées à une situation grave et urgente qui met en danger réel et immédiat leurs droits à la vie, à l'intégrité personnelle et à la santé.

La décision a été adoptée après près de dix mois d'échange d'informations entre les organisations requérantes et l'État équatorien, et se fonde sur un dossier qui documente une crise sanitaire et humanitaire de nature structurelle au sein du plus grand centre pénitentiaire du pays.

Selon la résolution, la CIDH a pris en compte les niveaux extrêmes avérés de surpopulation, les graves déficiences des soins médicaux, la propagation massive de maladies infectieuses, en particulier la tuberculose, la malnutrition généralisée et un nombre élevé et soutenu de décès à l'intérieur du centre.

Détenus qui ont besoin de soins

La prison, conçue pour accueillir environ 4 000 personnes, comptait près de 7 500 habitants en 2025, ce qui implique un taux d'occupation approximatif de 187 %. Les inspections judiciaires et les visites sur place ont confirmé des cellules conçues pour quatre personnes, abritant entre dix et seize personnes, ainsi que des personnes dormant à même le sol, sans matelas adéquats et avec un accès très limité à la lumière naturelle, à l'eau potable et aux services de base.

L’un des éléments centraux de l’analyse de la CIDH était la situation sanitaire. Le dossier montre que le CPL Guayas n°1 concentre un pourcentage disproportionnellement élevé de personnes privées de liberté atteintes de maladies contagieuses. Rien qu’au cours du premier semestre 2025, des centaines de cas de tuberculose sous traitement ont été enregistrés, y compris des cas résistants, sans qu’il n’existe suffisamment de salles d’isolement ni de protocoles efficaces de prévention et de surveillance.

Les soins médicaux intra-muros, comme indiqué, ont été débordés : la polyclinique fonctionne au-dessus de sa capacité, avec des civières occupées en permanence et des malades soignés au sol ou dans des zones improvisées.

La tuberculose est la maladie

La résolution tient également compte d’un schéma persistant de décès associés à des problèmes de santé évitables. Selon les informations officielles citées dans le dossier, entre janvier et septembre 2025, plus de cinq cents décès ont été enregistrés au CPL Guayas n°1, dont beaucoup sont liés à une tuberculose avancée, à une malnutrition sévère, à des infections respiratoires et à des défaillances d'organes multiples. La CIDH a observé que, dans plusieurs cas, les décès ont été qualifiés de « naturels », malgré l’existence d’un contexte épidémique et de graves déficiences dans l’offre de soins et d’une alimentation adéquate.

Un autre aspect pertinent est l’impact de la militarisation du centre pénitentiaire. Depuis janvier 2024, le CPL Guayas n°1 reste sous contrôle militaire dans le cadre des états d'urgence successifs. La CIDH a recueilli des allégations selon lesquelles cette situation aurait déplacé la logique de gestion des prisons et de la santé, privilégiant le contrôle et la sécurité plutôt que l'attention aux besoins fondamentaux. En pratique, cela aurait entraîné des obstacles supplémentaires à l’accès aux soins médicaux en temps opportun, aux références vers les hôpitaux et aux mécanismes de signalement internes.

Face à ce scénario, la CIDH a ordonné à l'État équatorien d'adopter des mesures immédiates et efficaces pour éviter de nouvelles pertes de vies humaines et des dommages irréparables.

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Les dispositions comprennent notamment la garantie de soins médicaux complets et spécialisés, l’approvisionnement continu en médicaments et traitements, la fourniture d’une nourriture suffisante et nutritionnellement adéquate, la réduction substantielle de la surpopulation et le rétablissement de conditions de détention conformes aux normes internationales. De même, il a demandé que les mesures soient définies en concertation avec les bénéficiaires et leurs représentants, à travers une table interinstitutionnelle qui reflète l'urgence de la situation.

La Commission a également demandé à l'État de rendre compte des enquêtes menées sur les décès survenus au centre, afin d'établir les responsabilités et d'éviter leur répétition, et a demandé l'autorisation d'effectuer une visite sur place pour vérifier la mise en œuvre des actions ordonnées.